La camaraderie motarde (à moins que ce soit l’instinct grégaire) encourage à se déplacer en groupe, ne serait-ce que pour le plaisir de rouler entre copains et de partager ses impressions à la pause. Un exercice qui peut se révéler dangereux si l’on ne respecte pas quelques règles de prudence.
Cet article est le premier d’une série de quatre.
Les liens vers les autres parties de la série sont situés à la fin de chaque article.
En groupe, c’est-à-dire à partir de deux motos, deux principes fondamentaux sont à respecter en toutes circonstances: garder une visibilité aussi bonne que si vous rouliez seul et pouvoir effectuer un freinage brutal sans gêner la moto qui vous suit.
La solution : adopter une formation en quinconce (dite aussi “en damier”) avec une distance de sécurité importante entre chaque moto, à moduler selon le type de route empruntée et la vitesse.
Le fait que chaque moto soit décalée latéralement par rapport à celle qui la précède permet à chacun de se déporter en cas d’obstacle sans risquer de collision, tout en dégageant un espace à la fois suffisant pour voir loin et s’arrêter en cas de nécessité, mais assez réduit pour empêcher qu’une voiture vienne s’insérer devant vous. Pas facile à gérer…
Adopter une formation adaptée
La distance que vous garderez devant vous, l’espace nécessaire pour pouvoir vous arrêter complètement sans dévier de votre route et sans percuter un obstacle, devra être calculée (deux secondes) par rapport à la moto qui vous précède, celle qui est décalée, pas celle qui roule devant du même côté que vous. Un peu comme si la moto qui vous précède était une voiture bien large.
Si tout le monde respecte ce principe, vous pourrez brièvement changer de côté de voie de circulation pour éviter un obstacle, et ce sans limiter le champ de vision du copain qui vous suit. Bien sûr, évitez les changements incessants, c’est agaçant pour ceux qui suivent.
En cas de freinage d’urgence, tout le monde devra veiller à ne pas dévier de son côté. Celui qui vous suit sera peut-être surpris et il aura besoin de tout l’espace nécessaire. En changeant de position, vous risqueriez de vous faire percuter par l’arrière et d’aller tous les deux au tas.
Cette formation en quinconce, adoptée par tous les groupes soucieux de leur sécurité, ne peut se pratiquer que sur des routes suffisamment larges et droites. Sur petite route viroleuse, la file indienne s’impose, avec des distances de sécurité encore allongées.
A moins de disposer d’un groupe aguerri capable de maintenir le quinconce en virage, il est préférable de passer tous les virages en file indienne, puis de reformer le quinconce à la sortie.
Respecter les marges de sécurité
Autre règle de conduite en groupe: personne ne vient rouler à la hauteur d’un autre motard. En cas de modification de la trajectoire dans un virage, l’autre moto n’aurait pas de marge de manœuvre.
Une autre règle sur le même principe consiste à ne pas doubler, sauf en cas de nécessité et en prévenant (par des appels de phares répétés ou un petit coup de klaxon) pour ne pas surprendre le motard qui ne s’attend pas à vous voir près de lui.
Il est très important pour la sécurité du groupe de ne pas se surprendre les uns les autres. Rouler en groupe engendre déjà un stress (donc une fatigue) dû au surcroît de vigilance. Inutile de l’augmenter encore en exécutant des manoeuvres intempestives !
Informez clairement les motards qui vous entourent de vos intentions, surtout si vous changez de position ou de direction. Usez et abusez des clignotants, tournez la tête, vérifiez vos angles morts, faites signe de la main… Et effectuez toutes vos manoeuvres en douceur, en gardant la possibilité de vous raviser si besoin.
Un groupe ne possède pas plus de droits qu’un motard solo !
Même en cas de manifestation déclarée et/ou autorisée, même avec un service d’ordre, vous n’avez normalement pas le droit de perturber la circulation. Dans les faits, il est souvent préférable pour la sécurité de chacun que le groupe conserve sa cohésion, donc de franchir les intersections tous ensemble, en bloquant le carrefour si nécessaire.
Mais dans ce cas, pensez à vous signaler et surtout à remercier les autres usagers qui s’arrêtent en leur expliquant la situation. S’il y en a un qui est vraiment pressé ou qui s’énerve, interrompez le cortège et laissez-le passer. Il vaut mieux que ce soit fait avec calme et prévoyance plutôt que de risquer le voir forcer le passage.
Autre point important: rouler en groupe n’autorise pas des manoeuvres plus inconsidérées qu’en individuel, au contraire. Ce n’est pas parce que le motard qui vous précède vient d’effectuer une manoeuvre que vous devez aveuglément la reproduire. L’environnement d’une moto évolue rapidement. Gardez votre propre analyse de la situation en fonction de vos moyens et de vos envies.
Savoir dialoguer
Il est utile de convenir de signes de communication, soit sous forme de gestes, soit en utilisant les phares ou l’avertisseur sonore. On peut employer des gestes manuels pour indiquer un obstacle sur la route (de la main ou du pied), signifier qu’il faut faire demi-tour (cercles au-dessus de la tête), qu’on souhaite inverser la position avec le motard qui vous précède, qu’on veut se laisser dépasser, entraîner quelqu’un derrière soi quand on dépasse et qu’on sait qu’il peut suivre sans danger alors qu’il manque de visibilité, signaler à quelqu’un qu’il a oublié de mettre son phare (poing fermé et ouvert plusieurs fois), de ralentir (main à plat de bas en haut), qu’on n’a presque plus d’essence (pouce désignant le réservoir), etc.
Lire l’article “Le code des signes des motards“.
En dernière extrémité, il peut s’avérer indispensable que deux membres du groupe viennent rouler à côté l’un de l’autre pour échanger quelques mots sans s’arrêter. Ce qui impose de rouler assez près pour s’entendre, donc à vitesse réduite, sans se cogner, tout en continuant à regarder la route.
Pensez aux autres !
Une moto, c’est parfois impressionnant, surtout pour ceux qui n’y sont pas habitués. Alors imaginez une meute de dix bécanes ou plus qui leur déboulent dessus…
Evitez les grands coups de gaz, bannissez les rupteurs et les « burns ». Quand le groupe s’arrête dans un endroit fréquenté, surtout en ville, chacun doit couper son moteur au plus vite et enlever son casque. Le bruit agresse les gens et ne pas voir votre visage les inquiète, c’est atavique.
Quand vous redémarrez, les riverains apprécieront que vous ne donniez pas de coups d’accélérateur et ne laissiez pas vos moteurs chauffer pendant des plombes.
Lire la suite :
“Rouler en groupe et en sécurité (2e partie)“,
“Rouler en groupe et en sécurité (3e partie)“,
“Rouler en groupe et en sécurité (4e partie)“.
2 commentaires
27 septembre 2008 à 01:02
Bonjour, excellente vision de la moto en général que tu as sur ton site.
Je voulais juste te dire qu’il y a certains motards qui n’aiment pas rouler en groupe. C’est mon cas.
J’ai eu l’occasion de faire deux/trois sorties avec des motards rencontrés sur un site locale.
Alors je ne veux pas paraître extra-terrestre, mais rouler avec des personnes que je ne connais pas ne m’intéresse pas, lors de ces sorties y a jamais eu d’échanges entre eux et moi.
Ensuite le souci majeur que je perçois, est que j’ai l’impression de ne pas me déplacer en sécurité, je préfère rouler seul. Au moins lorsque je roule seul je sais ce que je fais, comment je roule, à quelle vitesse je roule… …je ne me sens pas obligé de suivre un groupe de motards fous qui carburent à 130 voir 140 hors agglo. D’ailleurs mon 100/110 habituel est déjà trop. Ce même groupe de motard qui se vente de n’avoir plus que tels ou tels points sur leurs permis. Et il y en a qui se permettent de rouler avec réplica sans rétros, c’ets leur problème pas le mien. Et je ne comprends pas non plus cette course à la puissance, ni cette tendance à changer le pot, sans parler des sportives débridées…
La moto c’est LA moto, le deux roues puissant et rageant au naturel, c’est-à-dire excellemment pensé par les ingénieurs et parfait en sortant de la concession.
Et il m’est même arrivé de penser lors de ses sorties “mais comment ils font pour passer si vite en virages ?”
Alors bien évidemment l’expérience y est pour beaucoup, mais je me refuse à me mettre en danger pour une quelconque fierté. C’est pour ça que je prends plaisir à rouler assez tranquillement, du moins sans frayeurs aucunes, dans des virages et courbes avec toujours autant de plaisir depuis les 6 mois et demi que j’ai ma moto et mes 7500 bornes parcourues. J’aime me positionner comme il faut, prendre de bonnes trajectoires, mettre sur un bon angle ma belle CBF600NA8 rouge
Et je dois dire que je n’ai pas du tout envie de me laisser influencer par un soi-disant rite commun auquel je ne m’identifie absolument pas.
J’aime la moto, je compte rouler aussi cet hiver et je roule par tout temps, lorsqu’il pleut également et je prends là aussi plaisir (pas sado maso) à faire bien attention à ce que je fais car la pluie ça glisse mais ça mouille surtout… …surtout si on reste raisonnable. Il est vrai que je n’ai jamais glissé ni frayeurs lorsque la route est détrempée, j’adapte mon allure “simplement”.
Alors c’est aussi en voyant rouler les autres motards lors de ces sorties de groupe (je parle de vitesse toujours exagérée) que j’ai pris tout bonnement conscience et de manière simpliste mais que j’ai le sourire lorsque je me dis ceci à moi-même :
“Je ne roule pas avec d’autres motards parce que je ne m’y sens pas en sécurité”.
Et là j’ai la banane parce qu’à 23 ans, non ce n’est pas parce que je suis jeune que je dois être con.
Puis j’aime bien avoir mon indépendance, ma liberté, c’est jouissif. J’ai fait quelques bonnes balades parfois de 150 bornes, parfois de 300 bornes dans les cols vosgiens (je suis de Lorraine) c’est 4h30 de moto, que du bonheur, toujours seul et alors ?
Hé bien un ami motard m’a demandé si je n’avais pas peur de sortir seul, de me planter et d’être seul. Pas du tout, évidemment je ne suis pas casse-cou, ou tête brûlée, je sais comment je roule, ou plutôt comment j’essaie de rouler ; et non c’est même meilleur pour moi et mon apprentissage quotidien de la moto que de rouler seul. Je fais ce que je veux !
Puis j’ajouterai, sans vouloir être prétentieux, mais pourquoi est-ce que je me planterai ? Pourquoi est-ce que je devrai me planter et chuter ? Non pas forcément ! Bon n’ayant même pas une famille motarde, ni père, ni mère, juste oncles. On va dire que c’est l’éducation familiale qui me faire dire ça.
Pour conclure, je suis motard et fier d’enfourcher ma moto dès que je peux. Mais je ne me reconnais pas dans cette coutume qui veut qu’on se déplace en groupe, d’ailleurs ce n’est pas une fatalité, mais une évidence pour moi puisque je ne souhaite pas me déplacer en insécurité. Alors je suis peut-être tombé sur de “mauvais” motards, mais la moto c’est ma vie et je veux vivre heureux et vieux, avec peut-être un jour une belle goldwin dans mon garage.
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Réponse
Salut Mickaël,
Rien n’oblige à aimer rouler en groupe, et surtout pas avec des inconnus qui ne partagent pas ta manière de conduire.
D’après ce que tu racontes, tu es tombé sur des primates moyens qui, comme beaucoup hélas, se servent de la moto pour prolonger leurs jeux d’école maternelle à se tirer sur la nouille pour pisser le plus loin… Tous les motards ne sont pas comme ça et dans tous les cas, je comprends que tu prennes ton plaisir à rouler seul.
Rouler en groupe n’est ni une coutume, ni une obligation, cela doit rester un plaisir. J’ai écrit cet article pour aider ceux qui veulent rouler ainsi à le faire en sécurité. Rien de plus.
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Oui tout à fait je comprends bien. Je voulais juste partager mon ressenti.
Ton article est très bien pour un groupe de motards raisonnables, nous sommes d’accord.
17 octobre 2008 à 22:53
Bonjour Mickaël
Je partage ton point de vue, mais je voudrais toutefois te donner un argument qui milite pour le déplacement à plusieurs . L’avantage de faire des virées avec un ou plusieurs autres motards (expérimentés et raisonnables) réside dans le fait que ces derniers pourront t’apporter leur expérience et des informations précieuses dans la conduite d’une moto, lors des sorties !