1 mai 2008...22:37

Rouler en groupe et en sécurité (4e partie)

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Dans les grands groupes ou les groupes très hétérogènes, il est parfois difficile de se garder en visuel tout au long du trajet. Il convient alors de définir une technique d’orientation sans visibilité et de savoir gérer les moments délicats : dépassement, traversée d’agglomération, arrêts et départs…

Cet article est la quatrième et dernier d’une série.
Pour lire les autres, voir en bas de page.

On recense deux principales techniques pour les changements de direction en groupe.

Première technique: le système en D ou “à tiroirs”.
A chaque carrefour ou changement de direction, la moto en position deux s’arrête pour indiquer la route aux suivants. Elle repart quand le fermeur arrive et vient se positionner en avant-dernier. L’ouvreur et le fermeur conservent leur place en permanence, mais le positionnement tourne à l’intérieur du groupe. Cela permet également de s’assurer que personne n’est perdu.
Cela fonctionne plutôt pour les groupes homogènes. En effet, un débutant placé en avant-dernier risque de se trouver “largué” à cause de l’effet élastique, il aura du mal à recoller au groupe et les écarts entre la tête et la queue de peloton risquent de se creuser.

Seconde technique: le TDSRP (tout droit sur route principale).
L’idée est qu’on continue tout droit sur la route la plus importante (la plus large). S’il doit y avoir un un changement de direction, chacun attend le motard suivant avant de repartir dans la bonne direction. A charge pour ce motard de s’arrêter pour attendre le suivant, et ainsi de suite jusqu’au fermeur. En cas de doute, il suffit de s’arrêter: ne vous voyant pas arriver, le motard précédent fera demi-tour pour venir vous chercher.
Ce système est efficace pour des groupes hétérogènes car il permet à chacun de rouler à sa main et de conserver sa position dans le groupe. Mais en cas de problème (panne, erreur d’aiguillage), il fera perdre beaucoup de temps.

Dans tous les cas, ces consignes sont à définir collectivement et à expliquer très clairement avant le départ. Assurez-vous que tout le monde les a bien reçues et comprises, il y a toujours un petit malin qui était parti pisser dans un coin discret pendant l’explication…
Toujours avant le départ, s’assurer que tout le monde connaît le lieu d’arrivée et les étapes éventuelles. Hors de question qu’il y en ait un qui dise: “pas de souci, je vous suis” ! S’il se paume, il aura l’air fin.

Rouler et dépasser en groupe sur voies rapides

Sur les chaussées à plusieurs voies, il est préférable que tout le groupe se conduise comme un seul et même véhicule.

A l’entrée sur la voie rapide, accélérez franchement pour laisser de la place aux autres derrière vous, le groupe s’organisera tranquillement une fois que tout le monde se sera calé sur la vitesse de l’ouvreur.

Pour doubler un véhicule ou un groupe de véhicules, procédure en quatre temps:

  • l’ouvreur indique sa manoeuvre de dépassement,
  • le fermeur déboîte pour couvrir tout le monde (après avoir contrôlé ses rétros et son angle mort),
  • l’ouvreur déboîte après avoir vérifié qu’il a bien le champ libre,
  • puis tout le groupe déboîte et double comme un seul homme.

En plus, c’est beau et ça en jette !
Idem pour se rabattre, l’ouvreur devra s’assurer que le groupe dispose de la place nécessaire pour changer de voie d’un bloc.

Cette procédure est adaptée pour des groupes assez réduits (moins de dix motos) et disciplinés, et à condition que le trafic environnant soit assez léger pour laisser de longs intervalles.

En cas de trafic chargé, il est préférable de dépasser “en chenille”, l’un après l’autre (voir ci-dessous), en conservant toujours la formation en quinconce.

Dépasser sur routes secondaires

Sur les routes secondaires à une seule voie de circulation dans le même sens, lorsqu’il s’agit de doubler un – et plus encore plusieurs véhicule(s) – plus lent(s) que le groupe, mieux vaut le faire un par un.

Deux procédés sont à distinguer en fonction du trafic.

En cas de circulation dense
Il s’agit de passer chaque véhicule un par un par groupe de deux motos.

Après avoir doublé, la première moto se positionne bien à droite de la chaussée et poursuit son accélération pendant quelques secondes pour ménager de l’espace au suivant. Si ce n’est pas possible, elle doit reporter la manoeuvre et attendre jusqu’à pouvoir l’effectuer en sécurité pour elle, celle qui précède et celle qui suit.
Une fois le dépassement effectué par les deux motos, elles “croisent”. La première qui était à droite passe à gauche de la voie pour préparer le dépassement suivant et la seconde passe de gauche à droite. Et ainsi de suite…

Gardez à l’esprit que le motard qui vous précède peut décider d’annuler sa manoeuvre de dépassement. Jusqu’à ce qu’il ait complètement doublé, laissez-lui la place de revenir derrière le véhicule de devant, ne collez pas ce dernier.

Laissez la moto précédente finir sa manoeuvre de dépassement avant d’entamer la vôtre. Assurez-vous surtout de disposer d’un espace suffisant entre la moto précédente et le véhicule que vous dépassez: s’il y a un freinage devant juste après que vous vous soyez rabattu, ce serait dommage de vous faire écrabouiller par la voiture ou le camion…

De cette façon, les motards en position impaire (un, trois, cinq…) doublent tous en même temps, puis ceux en position paire (deux, quatre, six…).

Cette manière de faire prend certes du temps car chaque motard ne double qu’une fois sur deux, mais elle est plus sûre que si chacun doit “faire son trou” derrière des voitures qui freinent pour laisser la place au motard de devant.

En cas de trafic léger
Si le motard qui double estime qu’il est seul à pouvoir doubler et qu’il ne faut pas le suivre, il reste à droite de la file de gauche, afin de pouvoir se rabattre plus rapidement une fois son dépassement terminé. Le motard suivant n’entamera pas son dépassement à la suite, faute de visibilité.

Par contre, s’il n’y a rien en face, le premier motard qui dépasse se décalera complètement à gauche, ce qui permet au motard suivant d’obtenir une visibilité totale sur ce qui arrive en face.

Circuler en ville en groupe

En ville, la conduite de groupe est encore plus compliquée.

Si vous roulez en quinconce avec de larges espaces, tout le monde pourra redémarrer en même temps aux stops et aux feux verts. Mais le groupe prendra plus de place et court le risque de se faire couper en deux par un feu rouge ou une voiture qui s’intercale.

Si vous roulez en formation serrée (jamais à côté les uns des autres), le groupe sera plus cohérent, mais il y aura forcément des espaces qui se formeront au démarrage. Rouler serré en ville suppose une faible vitesse et une grande vigilance, on se fatigue donc plus vite.

Une solution peut être la conduite “en élastique”, à vitesse variable. Vitesse plus élevée, donc distances plus grandes sur les portions plus rapides, entre les feux. Et vitesse réduite à distance rapprochée à l’approche des feux. Facile pour la tête de groupe, plus dur à gérer pour ceux en queue de groupe qui doivent bourriner pour passer les feux à l’orange… A réserver aux petites villes.

Mais dans tous les cas, l’ouvreur devra veiller à ce que le groupe reste… groupé !
Ralentir en arrivant aux intersections, démarrer doucement, accélérer très progressivement.
S’il y a des traînards, mieux vaut s’arrêter, même au feu vert, et permettre un regroupement.

Les arrêts (et les départs)

Ce sont des moments délicats à gérer.
C’est souvent là que le groupe se désorganise, il y en a toujours un qui n’est pas prêt en même temps que les autres, ou certains qui partent sans veiller à reprendre leur place dans le groupe.
Il est vital de se stationner de façon groupée à un endroit qui le permette, bien dégagé, éloigné du flot de circulation (pour pouvoir descendre des motos à l’abri des voitures et se parler distinctement), avec une bonne visibilité pour pouvoir repartir sans risque.
Afin de ne pas se gêner mutuellement et de retrouver tout de suite l’ordonnancement du groupe, il est préférable de se stationner dans l’ordre d’arrivée et d’attendre que tout le monde soit prêt avant de démarrer.

Se suivre sur longs trajets

Il s’agit de ne pas se laisser hypnotiser par la moto qui vous précède. A la longue, surtout sur autoroute et plus encore par visibilité réduite (de nuit ou sous la pluie), vous vous apercevrez que vous fixez le feu arrière de la moto devant vous. En fait, vous ne regardez plus que ça. Alors que le danger potentiel se trouve franchement plus loin, non ?

Arsouiller en groupe

En conduite rapide en virages (genre en montagne), on a facilement tendance à copier ses trajectoires sur la moto qu’on suit. On la regarde parce qu’elle est un obstacle, l’obstacle le plus proche et le plus dangereux, imprévisible. Et du coup, on ne pose pas bien son regard en virage, on n’anticipe plus comme quand on roule seul.
Il faut parvenir à voir la moto de devant sans la regarder, à l’englober dans son champ de vision sans la fixer.

Toutes ces techniques s’apprennent. C’est en roulant en groupe que vous améliorerez votre conduite en groupe.
A l’évidence, il est préférable de commencer “petit”, avec des groupes de trois à cinq motos, avant de maîtriser suffisamment pour être ouvreur ou fermeur d’un gang de 20 motos.

S’entraîner à rouler serré

Un exercice d’entraînement efficace est celui dit de “la rame”, employé dans les écoles de police et gendarmerie motocylistes.

Il consiste à rouler en formation serrée en groupe de deux à dix motos à très faible distance les unes des autres, chacun se concentrant exclusivement sur celui qui le précède. Cela réclame une cohésion et une confiance maximale.

Pour les motards civils, il est possible de s’entraîner sur le même principe, mais par deux, si possible avec des machines de même type.

Le motard le plus expérimenté prend la tête et doit en permanence s’attacher à rester sur sa demi-voie de circulation, proche de la ligne médiane, à vitesse stabilisée. L’ailier vient se placer à sa droite, d’abord à deux mètres en arrière, puis un mètre, 50 centimètres… Mais sans jamais arriver à sa hauteur, il faut toujours laisser la place de bouger en latéral. Le nez de la roue avant de l’ailier ne doit jamais dépasser le bout de la roue arrière du leader.

Avec le temps, vous apprendrez à calquer votre conduite sur votre leader, à le garder au bord de votre champ de vision tout en regardant loin devant, à anticiper ses réactions. Intervertissez les rôles régulièrement. Le but est de conserver en permanence le même intervalle, ne pas se laisser surprendre, se coller sans se gêner.

Attention, cet exercice demande une grande concentration et fatigue très vite !
N’augmentez la difficulté que très progressivement, commencez sur des voies rapides bien droites, puis des départementales dégagées, toujours avec une conduite coulée, souple. L’exercice atteint sa difficulté et son efficacité maximale en montagne et sur petites routes à virages.
Il est très dangereux à appliquer en ville et à plus de deux motos.

Lire les autres articles de la série:
Rouler en groupe et en sécurité (1e partie)”,
Rouler en groupe et en sécurité (3e partie)“,
Rouler en groupe et en sécurité (4e partie)“.

Un commentaire

  • C’est ma premiére sortie en groupe demain… mais maintenant j’hésite, tant de choses à se souvenir…

    Si j’ai tout suivi, c’est moi qui serai en second… je suis le plus inexpérimenté et c’est moi qui ai la plus petite… moto :o ))))
    600 DIV de 92 avec 3000 km au compteur… pour moi

    Eux ils ont des 600 Fazer, ER6, 1000 Fazer…
    C’est de la détente, du plaisir mais j’avoue que je suis un peu stressé… j’en suis à mon troisiéme nettoyage de visiére : ))))


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