Prendre du plaisir sur l’angle suppose d’être certain de sortir vivant du virage. Cette sécurité repose avant tout sur l’anticipation, la préparation de la trajectoire, donc sur votre regard. L’importance évidente du regard à moto ne doit pas cacher les difficultés techniques d’un bon placement des yeux.
Ces propos sont issus de mon expérience personnelle, nourrie des conseils d’autres motards et d’instructeurs professionnels. Certains points peuvent être discutés ou affinés.
La conduite en courbe dépend de trois points: la position de votre moto sur la chaussée (traitée en première partie), votre position sur la moto (voir la deuxième partie) et enfin votre regard sur la route.
Deux éléments sont fondamentaux pour une conduite en sécurité sur route ouverte: la vitesse d’entrée et la visibilité.
La vitesse d’entrée en virage
Rappel : il ne faut JAMAIS entrer à fond dans un virage dont on ne voit pas la sortie ou dont on ne connaît pas le tracé.
Rappelons qu’environ 30% des accidents de moto n’impliquent pas de tiers, c’est-à-dire que le motard s’est sorti tout seul comme un grand, en général parce qu’il a joué au con en virage.
Par ailleurs, il n’est pas bon d’entrer en virage en accélération. Il ne s’agit pas forcément de freiner, mais le mieux est tout de même d’entrer en décélération.
Deux écoles s’affrontent à ce sujet.
1- Les uns, plus proches d’une conduite de circuit, arrivent à fond, freinent à mort au plus près du virage, rentrent un voire deux rapport(s) au dernier moment, penchent et réaccélèrent à fond.
2- Les autres, adeptes d’un style plus “coulé”, en général désigné sous le nom d’enroulé plus ou moins rapide, privilégient une moindre amplitude de la différence de vitesse. Il s’agit de décélérer (sans freiner) à l’approche du virage en utilisant le frein moteur, avant de pencher et réaccélérer. On peut au besoin tomber un rapport pour gagner de la puissance en sortie. L’avantage est une vitesse de passage en courbe supérieure et donc la nécessité de pencher plus loin, pour plus de sensations. Combiné à une trajectoire de sécurité, ce style permet de pencher plus loin, mais moins longtemps, donc de préserver la maniabilité.
Je suis personnellement plutôt partisan de cette seconde méthode qui évite de trop solliciter le moteur et les freins. Mais cela dépend des virages, du contexte, de la moto utilisée…
Si vous voulez passer plus vite, plus souple, plus sûr… apprenez à ne plus freiner en entrée de courbe.
Si vous ne freinez pas, vous serez obligé de regarder loin, de peaufiner une trajectoire en extérieur et de pencher fort pour perdre de la vitesse.
Décélérez au frein moteur (en tombant un rapport, voire deux) et par la mise sur l’angle : pencher vous fait perdre de la vitesse car la surface de contact entre le pneu arrière et la route étant moins grande, la force de traction transmise à la route est moins importante.
Pencher vous fait ralentir autant qu’en freinant, mais plus souplement, en conservant à la fois motricité et maniabilité.
Par ailleurs, rétrograder fait monter le régime moteur sans augmenter la vitesse, ce qui améliore là aussi la motricité, donc la maniabilité.
Cela ne servira toutefois pas à grand-chose si votre regard est mal placé.
Le regard et la visibilité
Tout voir, ne rien regarder
Car ce sont vos yeux qui guident la moto et non vos bras ! Votre cerveau donne l’information nécessaire à vos bras et au reste de votre corps en fonction de ce que vos yeux lui communiquent.
Fondamentalement, la technique du regard consiste à regarder le plus loin possible. Tout est dans le « possible » : adaptez votre vitesse à la portée de votre vue, à votre champ visuel. L’important est que vous parveniez à jauger votre portée de vue nécessaire en fonction de votre vitesse et que vous sachiez ralentir quand cette portée de vue diminue.
Une fois ces fondamentaux acquis, il faut pouvoir conduire en virage comme en ligne droite, sans voir sa moto, sans regarder devant sa roue, sans fixer un point précis plus d’une seconde, mais toujours en regardant là où on veut aller. Balayer le champ de vision, forcer ses yeux à faire des allers-retours entre les mètres les plus proches et l’horizon de vision, percevoir au plus tôt l’état de la chaussée tout en regardant toujours au-delà de l’obstacle.
Lire l’article “Exercices de maniabilité moto“.
Exemples: à l’approche d’une courbe, fixez le point le plus éloigné ; dans le virage, portez votre regard sur un point en sortie de courbe (arbre, poteau, …) ; si vous roulez derrière un autre véhicule (voiture ou moto), regardez devant lui. C’est particulièrement difficile quand on roule “à l’attaque” derrière une autre moto car il faut se forcer à ne pas la regarder, tout en l’intégrant dans son champ de vision au cas où elle freine.
Incorporer la moto
Regarder là où on veut aller, cela signifie regarder la sortie du virage, pas juste devant la moto. Il faut apprendre à dissocier l’axe de son regard de l’axe de la moto. Donc l’axe de la tête de celui du corps. La moto doit devenir une extension de votre corps, un membre que vous sentez et maniez aussi facilement que vos bras et vos jambes, afin que votre concentration soit à 100% sur votre regard.
Dans un virage en aveugle, cela signifie essayer d’anticiper au mieux ce qu’on ne voit pas d’emblée en sortant les épaules à l’extérieur, avec le cou tendu comme une tortue qui essaie de regarder au loin, les épaules souples et mobiles, un bassin déhanché à l’extérieur (position en V).
C’est une des techniques les plus difficiles à intégrer: il faut parvenir à ne plus regarder devant ses roues, mais de l’autre côté du virage qui vous saute à la figure, alors même que vous ne connaissez ni l’état du revêtement, ni le tracé de la courbe.
Le paroxysme de ce principe se trouve dans les virages en épingle : on se tord le cou, le menton sur l’épaule, pour regarder la sortie du virage dès qu’on y entre. En lacet plus qu’ailleurs, il faut tourner la tête au maximum pour observer la sortie du virage (pour vérifier si un autre véhicule arrive en face). “Au maximum”, c’est vraiment regarder par dessus son épaule, déjeter la tête jusqu’à ne plus voir sa moto, ni la route juste devant soi. Ce n’est ni naturel ni facile, il faut de l’entraînement.
Etendre le champ de vision
En effet, votre vision n’est pas seulement déterminée par la portée visuelle (en mètres), mais aussi par le champ de vision (en degrés), qui varie selon la vitesse.
Quand vous vous déplacez à pied, il est de presque 180 degrés, vous voyez la quasi-totalité du champ panoramique, devant vous et sur les côtés. A moto, il se réduit à 100 degrés dès 40 km/h. A 70 km/h, il est de 75° et à 100 km/h de 45°, cela devient critique. A 130 km/h, le regard fixe ne capte plus que 30 degrés du panorama et à 200 km/h, 5 degrés…
Pour compenser la réduction du champ visuel, il va falloir déplacer les yeux (voire la tête) pour balayer l’ensemble du panorama en gardant le regard mobile. Vos yeux ne doivent pas rester plus d’une seconde sur le même point. Il faut effectuer de constants allers-retours entre l’horizon visible, la distance de sécurité, le revêtement devant votre roue, le véhicule qui vous précède, vos rétroviseurs, un peu sur les côtés…
Vous êtes en moto, vous n’avez pas de carrosserie pour vous boucher la vue, profitez-en !
Pour des conseils plus particuliers sur les virages en épingle (lacets), lire l’article “Rouler en montagne“.
A lire : Prendre un virage en moto (1e partie) et Prendre un virage en moto (2e partie).
3 commentaires
19 juin 2009 à 20:39
bravo pour la qualité de vos conseils, mais pourquoi pas les illustrer de schemas qui pourraient reprendre les trajectoires de virages divers?
- – -
Réponse
Est-ce que j’écris donc si mal que ça, que mes explications ne soient pas claires et nécessitent des schémas ?
Je vais tâcher de trouver quelques illustrations explicatives…
20 juin 2009 à 15:56
Merci de ces conseils , dés que mes cotes ne me font plus mal, j’applique
(oups , surtout l’entree dans le virage)
26 juin 2009 à 22:13
Bonjour
Reprise de ma moto après trois ans d’arrêt (opération de la hanche..et un peu d’appréhension), je manque encore un peu d’assurance dans les virages et le freinage et vos conseils me sont précieux pour une bonne reprise
Bernard