1 novembre 2007...18:38

La sociologie du motard

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Un peu de culture, avec un tour d’horizon des travaux sociologiques, ethnologiques et ethnographiques sur la population motarde.

Suite à un entretien en octobre 2006 avec Denis Berger, un étudiant sociologue qui prépare son mémoire de mastère de sociologie sur la population motarde, intitulé “Les motards à l’âge adulte, Normes et pratiques d’un groupe déviant” nous avons discuté de l’état de la recherche sociologique, ethnologique et anthropologique française sur les motards.
Du coup, j’ai fait un petit tour d’horizon sur le web.

Ce tour d’horizon n’est ni exhaustif, ni sélectif. J’ai choisi de référencer tout (ou devrais-je dire, le peu) que j’ai pu trouver comme études sur la moto dans le domaine des sciences sociales, toutes disciplines confondues. N’étant pas spécialiste en sciences sociales, je ne porte notamment aucun jugement, positif ou négatif, sur le fond de ces travaux.

On peut déjà commencer par lire les articles de Denis, publiés depuis fin 2005 au rythme d’environ un par mois sur son blog Nuage Ocre, répliqué depuis janvier 2007 sur son site Sociomotards, et notamment ceux concernant:
Etat de la question” sur les rapports entre moto et sociologie et ethnologie ;
La composante sociale des accidents de la route” ;
Le virage” ;
particulièrement la série “L’ONISR, blanchisseur de statistiques” avec son “Post-scriptum” et “Compter les motos“.

Dernière minute: Denis a terminé en septembre 2007 son mémoire de master M1 de socio à Paris-VIII. Le texte est consultable en PDF sur son site.

Ensuite, une première étape par l’article de Wikipédia sur les motards, qui adopte une approche franchement sociologique.

Un des travaux les plus connus en la matière, le mémoire de mastère de sociologie de Frédéric Völker en 2002, intitulée “L’Existence sociale des motards”, présentée ici et publiée en texte intégral ici.
Le boulot est intéressant, toujours instructif, mais je trouve personnellement que ses références datent un peu, on a l’impression de se retrouver dans les années 1980.

Plus intéressant, le travail de Carole Soriano, “Les motards, étude d’un groupe d’usagers de la route“, mémoire de maîtrise de sociologie sous la direction d’Yves Gilbert, université de Perpignan, 1999.
Etudiante en mal de sujet, elle a pris contact avec le milieu motard local, l’antenne FFMC 66 en l’occurrence, sur la demande de son directeur de recherche. Accueillie à bras ouverts, rapidement enrôlée au bureau de l’association, elle a entretenu des relations privilégiées avec une informatrice motarde, participé en passagère aux activités du groupe, les manifestations en particulier, et réalisé une vingtaine d’entretiens.

Le sociologue qui s’intéresse actuellement de plus près au monde motard est François Oudin, doctorant en ethnologie à l’université Paul Verlaine de Metz.
On pourra lire un résumé de sa thèse sur la mythologie de “la passion de la moto”, dans un article intitulé “La passion de la moto et le mythe de l’envol“. Comme François Oudin me l’a lui-même précisé, il s’agit d’un texte non publié et encore à l’état de projet (”sans que cela ne soit un problème en soi, même si la qualité du texte laisse à désirer étant donné son caractère de travail en cours“, précise-t-il).
Il évoque l’intérêt de ce sujet lors d’une journée de conférences et d’interventions d’ethnologues et doctorants à l’université de Metz, dans une allocution prononcée à cette occasion.
Il a également publié deux articles d’anthropologie sur le site du Portique (revue de philosophie et de sciences sociales), l’un en avril 2005 sur “Les motards comme figure du risque et de l’incivilité ?” et l’autre en janvier 2005 sur “Motard(e) et migration(s): genre et migration comme axes interrogeant l’anthropologie des motards“.
On pourra reprocher à ces deux articles d’abuser un peu du jargon sociologique, ce qui les rend difficilement accessibles au commun des motards mortels.

François Oudin a également publié les articles suivants, non disponibles en ligne:
- « Les motards comme figure du risque et de l’incivilité », Les cahiers de recherche 2, Editions du Portique, Strasbourg, 2005 ;
- « Corps et moto », dans le « Dictionnaire du corps », ouvrage collectif (direction : Bernard Andrieu), L’Harmattan, CNRS éditions, Paris, 2006.

Il a par ailleurs participé à plusieurs colloques et prononcé les interventions suivantes:
- « L’engagement corps/objet au sein de la “passion” de la moto », au colloque international « In-corporer », GERCO, 2006, éditions l’Harmattan, sous la direction de Monique Manoha, collection « Le mouvement des savoirs » dirigée par Bernard Andrieu.
- « Entre fête et loisirs : ethnographie du quotidien des passionnés de moto », au colloque international « La fête au présent. Mutations des fêtes au sein des loisirs. », Mutations des Territoires en Europe (UMR 5045-CNRS).
- « Une anthropologie du plaisir chez les motards : de l’anecdote à la réalité de terrain », au colloque « Ethnologie des gens heureux », LAMIC-UNSA (Université de Nice, Sophia Antipolis), 2007.

Autre travail que j’ai trouvé, celui de François Portet, intitulé “L’argent de la moto, créer une richesse ou accepter la pénurie“, publié dans la revue d’ethnologie “Terrain” ( n°23, p 115-122) en 1994.
Du même auteur, « Moto et motocyclisme : l’amour de l’objet et le goût du risque », publié en 1998 dans l’ouvrage collectif “Passions ordinaires”, éditions Hachette, sous la direction de Christian Bromberger.
Ces deux textes révèlent un contenu assez différent. Le premier traite spécifiquement des questions d’argent à la fois pour les membres du club, quasi-exclusivement de jeunes ouvriers et employés aux revenus modestes, et entre eux. Le second décrit de manière plus globale, et plus ethnologique, la passion de la moto, la vie au sein du club, le rituel des affrontements lors de la concentration.

Quant aux ouvrages, thèses, mémoires et autres travaux publiés sous forme papier mais non disponibles en ligne, on peut citer la thèse de sociologie rédigée par Lucas Peetroons en 2003, “Etre motard à Bruxelles, pratiques et représentations”, publiée par l’Université libre de Bruxelles (105 pages).
Résumé par l’auteur: “L’objet de cette étude concernait tous les engins motorisés à deux roues faisant l’objet d’une utilisation sur la route. Mon but était de découvrir et d’étudier les coutumes et les traditions liées à ces groupes, ainsi que la sociabilité et la cohésion sociale que l’on peut y trouver. Je me suis également intéressé à déconstruire les stéréotypes ou préjugés que l’on peut retrouver sur les motards et le monde de la moto en général. Ce mémoire m’a donné la possibilité d’étudier « le monde de la moto » de l’intérieur afin de percevoir ce que les principaux intéressés pensent d’eux-mêmes et de leurs pratiques.”

Citons aussi “La machine et la chute. Mutations de l’imaginaire motard”, écrit par Pascal Duret et Georges Vigarello, article publié par la revue Ethnologie française en 1991 (vol. 21, n°3), Presses universitaires de France.
Résumé du contenu: “Evolution de la manière dont les commentateurs des accidents sur les circuits de moto sont passés de l’acceptation d’une violence héroïque à la notion de violence inutile.”
On en salive d’avance !

Si vous connaissez d’autres travaux, n’hésitez pas à en parler dans vos commentaires en réponse à cet article.

2 commentaires

  • Une petite précision, d’abord : malgré mon grand âge, je ne suis pas encore sociologue, mais juste étudiant. Etre sociologue implique d’appartenir à une association ad hoc, laquelle recrute au niveau du troisième cycle, hier DEA, aujourd’hui M 2. Et le mémoire que j’espère rendre fin juin prochain est un M 1.
    Ensuite, si la liste que tu donnes correspond bien aux travaux de sciences sociales sur les motards accessibles en ligne, tu t’es laissé abuser : ni Oudin ni Völker ne produisent quoi que ce soit de pertinent, et je parie qu’ils seraient bien en peine de justifier de la scientificité de leur démarche comme de leur méthodologie.
    Il ne faut pas se laisser abuser par les propos obscurs ; un excellent moyen de s’en désintoxiquer est de lire Outsiders d’Howard Becker chez Métailié, un ouvrage dont la modestie du propos peut dérouter le profane alors qu’il s’agit d’un travail fondamental pour la sociologie d’aujourd’hui.
    François Portet est donc, en France, le seul à avoir apporté une contribution intéressante à la question : son deuxième article que j’évoque dans mon dernier billet fait partie du recueil Passion Ordinaires, aujourd’hui en poche chez Pluriel, donc facile à trouver.

    - – -

    Réponse

    J’ai rectifié l’article en question en tenant compte des remarques de Denys.

  • Article intéressant parce qu’ouvrant des pistes de réflexion sur notre propre existence sociale. Comme toujours, des références, des controverses.
    Je consulte ces pages très régulièrement et j’y trouve toujours matière à enrichissement.
    La moto mène à tout.


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