La nécessité d’une bonne « communication à moto » se manifeste en général quand notre passagère préférée nous assène une grande claque sur le casque pour signifier qu’elle n’apprécie pas notre manière de négocier les virages… Heureusement, il existe des moyens plus sophistiqués pour s’entretenir entre équipages motards.
En duo, comme les bruits de vent couvrent sa voix, l’occupant du siège arrière fait de grands gestes pour tenter d’expliquer que sa vessie sous pression va nécessiter un arrêt dans les plus brefs délais. Le pilote se retourne, quitte la route du regard et dévie de sa trajectoire…
Au sein d’un groupe, il est fréquent que l’on communique au moyen de signes convenus à l’avance. Cette méthode présente l’inconvénient de ne pas être compréhensible par tous et de limiter quelque peu la richesse des échanges.
La technique vient à la rescousse avec les émetteurs-récepteurs: l’utilisateur appuie sur la touche d’émission de son appareil qu’il tient à la main ou qui est intégré aux commandes de bord, et peut ainsi communiquer au récepteur ce qu’il a sur le coeur. Bien entendu, cela implique que les casques soient munis d’un microphone et d’écouteurs.
Dans l’idéal, chacun de nous voudrait un système de communication intégré à la moto, branché sur le circuit 12 volts, sans trop de câbles, qui possède des fonctions d’intercom avec le passager mais aussi avec une autre moto, avec la possibilité de raccorder la radio et un téléphone mobile, qui soit bien entendu étanche, porté à la ceinture ou posé sur la moto mais pas sur le casque, et enfin qui puisse assurer des communications avec d’autres motos par des émetteurs-récepteurs peu coûteux.
Malheureusement, les systèmes de communication ne sont pas polyvalents et se répartissent en deux grandes catégories:
- ceux pour la communication de pilote à passager (dits intercom ou systèmes PàP)
- ceux pour la communication de moto à moto (systèmes MàM)
Les intercoms
Trois catégories à distinguer:
- intercoms filaires non électroniques ;
- intercoms filaires électroniques, intégrés ou non intégrés (donc portatifs) ;
- intercoms sans fil (forcément électroniques).
Intercom filaire non électronique
Il n’existe que le Tuyaucom, conçu par Pierre Trotoux en 1996 et distribué par Astumania.
Fiabilité totale (jamais de panne), rapport qualité-prix imbattable, avec un prix d’achat neuf de 45 à 60 euros, une excellente efficacité jusque des vitesses très élevées à condition que l’étanchéité de l’écouteur soit parfaite. Il ne faut pas hésiter à faire plusieurs moulages dans l’oreille avec le casque enfilé. Il est aussi possible de réaliser une oreillette en silicone parfaitement adaptée à votre oreille par un prothésiste, mais le coût avoisine le prix du kit Tuyaucom entier…
Inconvénients: usage spécifique, absence totale de polyvalence.
Lire un essai réalisé par le Repaire des Motards.
Intercoms filaires électroniques, intégrés ou portatifs
Plusieurs produits ont tenu la vedette à la fin des années 1990 et début des années 2000, mais commencent à perdre de leur intérêt avec l’arrivée des produits sans fil.
Intercoms filaires électroniques intégrés
Deux systèmes sont dits “intégrés” à la moto dans le sens où le boitier central de connexion est intégré dans le carénage, en général sous la selle (essentiellement sur des motos de grand tourisme), avec une alimentation directe par la batterie, un raccordement à l’éventuelle radio de bord (sur BMW ou GoldWing), des entrées pour un intercom et d’autres sources audio (GPS, téléphone, lecteur MP3, CiBi).
Avantages: excellente qualité audio, étanche, pratique, pas de problème de piles, invisible de l’extérieur, raccordement facile des casques.
Inconvénients: prix très élevé (au moins 400 euros pour les modèles d’entrée de gamme), montage à faire soi-même (ou à payer en plus), problème à la revente éventuelle de la moto puisque le système est fixé dessus.
Il s’agit des systèmes Baehr (allemand) et Autocom (anglais).
Autocom est distribué en France par Toutec, près de Bordeaux. Infos par téléphone au 0820 88 70 72.
Le modèle Super Pro Avi est donné à 479 euros (kit de base).
Baehr est peu distribué en France, mais vous pouvez avoir des infos et passer commande chez Dimensia à Nice.
La gamme Baehr comprend plusieurs modèles (Verso, Verso XL, Ultima, Ultima XL) classés selon la richesse de leurs fonctions, notamment le nombre de périphériques qu’on peut y connecter.
L’équipementier allemand a par ailleurs développé un système de communication spécifique pour la R1150RT (et pour la K1200LT aussi d’ailleurs) à partir de son modèle haut de gamme, l’Ultima XL.
On peut y brancher trois périphériques différents: radio, baladeur ou lecteur MP3, GPS à synthèse vocale, téléphone portable, CiBi ou même dictaphone, et bien sûr un micro pour le passager. L’utilisateur les branche par priorité. Si un signal vient d’une interface, toutes les autres à priorité inférieure sont coupées.
Comme ça, pas de confusion, de vacarme dans les écouteurs (stéréo bien sûr).
Le système R1150RT est conçu spécialement pour la radio BMW, qui permet de faire sortir le son par les hauts-parleurs ou par les écouteurs.
Boitier en aluminium 185 x 60 x 25 mm.
Son audible jusque 200 km/h (données constructeur)
Le volume s’adapte automatiquement en fonction du bruit ambiant.
Déclenchement à la voix.
Branché sur le circuit 12 volts de la moto (pas de pile ni d’accus).
Pas mal de commentaires d’utilisateurs (en anglais) ici. En gros, ça marche bien, les gars disent de faire attention à la pluie, le boitier n’est pas si étanche que ça, de faire gaffe à pas mettre les doigts sur les micros, à pas les écraser en mettant le casque, que le son reste audible jusque 150 km/h, que le déclenchement à la voix marche bien, qu’il ne coupe pas les premiers mots mais qu’il faut un casque bien silencieux parce qu’à haute vitesse, le bruit du vent active le système.
Petit rappel sur le montage du système Baehr sur les motos BMW et les problèmes que pose l’utilisation du faisceau du feu arrière. En l’occurrence, la déconnexion du contacteur du feu arrière entraîne la remise à zéro de la centrale ABS et il faut repasser la moto au Moditec.
Intercoms filaires électroniques portatifs
Deux autres systèmes fonctionnent sur piles ou accumulateurs, ou peuvent être raccordés à la batterie de la moto ou à une prise 12 volts. Le boitier de commande peut être manipulé par le pilote ou par le passager, en étant fixé à la ceinture, au guidon ou à la sacoche réservoir, ou glissé dans une poche.
Là aussi, la radio peut se raccorder (mais par un câble extérieur) ou d’autres sources audio.
Le premier est un système français, celui de Nextel, distribué par Casque House à Saint-Mandé (près de Paris) et par certains concessionnaires BMW.
Nextel a maintenant conçu un modèle sans fil (voir plus loin)
Nextel
3, chemin du Billadou
06650 le Rouret
Tel 04.93.09.46.59
Fax 04.93.77.71.45
Le second est une marque américaine, Chatterbox, qui est (était ?) distribuée en France.
ChatterBox Europe
14, rue de l’Atome
67800 Bischheim
J’ai l’impression que leur incapacité à sortir un produit Bluetooth compétitif, les a fait un peu disparaître du marché, français tout au moins…
Avant, Chatterbox était une sous-marque de la marque de casques coréens HJC, distribuée par le même groupe, Euro-Impec, que les vêtements Spool.
Les modèles d’intercoms d’entrée de gamme s’appelaient HJC-40 et HJC-60.
Maintenant, le HJC-40 a disparu et il reste le HJC-60 qui a été rebaptisé CBX-60 (CBX pour ChatterBoX).
Pour ma part, je lui préfère le modèle haut de gamme, le PMR-X2, qui intègre la fonction intercom “moto à moto”.
Il existe deux ensembles au catalogue, l’un qui comprend un boitier PMR-X2 pour un pilote pour communiquer de moto à moto et un autre qui comprend deux boîtiers pour pilote et passager.
Chacun dispose en effet d’un boîtier, les deux étant reliés par radio. Il n’y a donc pas de fil entre le pilote et le passager. Par contre, le boitier n’étant pas intégré à la moto, il y a nécessairement des fils entre le boitier et les sources audio: radio, GPS, téléphone, etc.
Pour les casques modulables, le kit pour casque jet s’adapte. Dans ce cas, la configuration est la même que pour le Tuyaucom, un micro au bout d’un flexible qui reste devant la bouche. Il est bien sûr possible de prendre le kit pour casque intégral. Dans ce cas, le micro est au bout d’un petit fil, fixé par un velcro sur la
mentonnière. Avec un modulable, il existe toutefois un risque que le fil se prenne dans l’articulation de la mentonnière et soit sectionné lors de la fermeture du casque.
A chacun de choisir sa solution.
Le boîtier du PMR-X2 comprend deux entrées audio stéréo, il est possible d’y brancher toute source audio, avec un ajustement automatique du volume (le son baisse quand un des utilisateurs parle), donc soit radio + GPS, soit radio + téléphone, soit GPS + téléphone, à moins d’un dédoubleur.
L’avantage du CHATTERBOX est que le passager peut se brancher sur la radio et l’écouter avec le même confort (voire meilleur) que le pilote par les HP. Le même raisonnement vaut pour le téléphone portable.
Mais là encore, chacun fait ce qu’il veut…
En utilisation de moto à moto, les produits CHATTERBOX sont compatibles entre eux. Si un motard et sa passagère utilisent un PMR-X2, ils peuvent converser avec un motard solo qui aurait un HJC-60
moins cher.
L’alimentation peut se faire par batterie au nickel-cadmium avec une autonomie comprise entre cinq et huit heures. Le chargeur se branche sur le 220 volts.
Il est aussi possible de brancher le boitier sur une prise 12 volts.
Là encore, libre à chacun.
La seule contrainte des systèmes CHATTERBOX est que les boîtiers doivent être à l’air libre, ou tout au moins l’antenne radio. On peut le porter à la ceinture, dans une poche, sur le côté du casque ou encore fixé à la poignée de la sacoche réservoir.
En cas de pluie, il existe une housse étanche, en option.
Cela dit, je vois trois inconvénients.
Les boitiers ne sont pas intégrés à la moto. Ils se mettent sur le côté du casque ! Donc déjà, quand tu tombes, si la tête touche, adieu la radio…
Se pose la question de l’alimentation: ce sont des batteries Ni-MH rechargeables comme sur les portables. Quid de l’autonomie ? C’est pas précisé sur le site.
En utilisation mélomane, c’est sympa d’utiliser un lecteur MP3 ou un baladisque (walkman laser pour les angliches) non intégré à la moto. Mais où le mettre ? Dans la popoche ? Faut pas qu’il soit trop gros… Et puis, si tu tombes ? Et s’il pleut ? J’espère que tes poches sont larges et bien étanches.
Disons que c’est une solution envisageable par beau temps et de façon ponctuelle, à mon avis.
Les autres produits filaires d’entrée de gamme, conçus par des équipementiers comme Alan ou Louis, pèchent souvent par de piètres qualités acoustiques. Les paroles deviennent inaudibles à partir de 50 ou 90 km/h. Les micros captent le bruit du vent, les écouteurs saturent…
Pourquoi ?
A 90 km/h, un motocycliste subit déjà un niveau sonore de 90 décibels (en moyenne).
Le fond sonore passe à plus de 100 décibels à 120 km/h, ce qui correspond au bruit d’un marteau-piqueur à un mètre de distance.
Pour permettre la communication avec son passager, les interphones haut de gamme sont livrés avec des micros dynamiques de proximité. Ceux-ci présentent l’avantage de ne transmettre que les sources sonores proches et d’éliminer ainsi le bruit de fond. En règle générale, les écouteurs sont collés sur la coque du casque, sous le rembourrage. C’est un avantage lorsque le volume de l’interphone est réglable.
De plus, il est possible de brancher une source musicale externe (lecteur CD, MP3, etc.). Si personne ne parle, les micros se mettent en veille et n’émettent pas le moindre souffle.
Intercoms sans fil
La grande tendance du moment, grâce à la norme de transmission de données numériques sans fil Bluetooth, avec une portée allant de moins de dix mètres (classe 2) à une cinquantaine de mètres (classe 1).
Trois modèles se partagent actuellement le marché français:
- le TalkBlue de Nextel, à 450 euros ;
- le Scala Rider, fabriqué par le britannique Cardo Systems, distribué en France par TecnoGlobe (TG), à 270 euros ;
- le SuperTooth Moto par ECE, à 340 euros.
Ces systèmes d’intercom sans fil fonctionnent comme des kits main libre pour téléphone, mais adaptés
spécialement à la moto avec l’avantage de s’intégrer à n’importe quel casque du marché.
L’unité Bluetooth est fixée sur l’extérieur du casque ou à la ceinture, l’écouteur se fixe à l’intérieur du casque à l’aide d’un scratch.
Le SuperTooth Moto a remporté la meilleure note technique du comparatif de “Moto Magazine” d’avril 2007, notamment pour sa simplicté de mise en oeuvre, alliée à son efficacité (qualité audio parfaite jusque 130 km/h). En utilisation moto à moto, il possède une portée de 50 mètres. Une nouvelle version sortira en 2008.
Le TalkBlue bénéficie d’une nouvelle version sortie en avril 2007. Nextel propose différents kits configurés selon le modèle du casque de destination et assure gratuitement l’équipement des casques de tous leurs clients.
Mais je parlerai surtout du Scala que je connais mieux.
L’utilisation en est très simple, il n’y a que quatre boutons, deux pour la communication et deux pour le réglage de la tonalité. Les boutons pour la communication sont dimensionnés de façon à faciliter leur
maniement même avec des gants. Les prises de communication peuvent s’effectuer soit avec les boutons de contrôle soit par reconnaissance vocale. Ceci se fait à voix normale sans qu’aucune main ne lâche le guidon.
L’unité s’installe facilement sur tous types de casques en pinçant les mâchoires des modules entre les garnitures et la coque, ce qui ne laisse aucune trace sur le casque. Le poids de 33.5 g ne se fait pas sentir. L’écouteur extra fin de 4.7 mm de diamètre se loge facilement sous les mousses.
Autres avantages évidents: système complètement étanche, son de qualité même à vitesse élevée (jusque 130 km/h).
Deux types de micros pour usage possible sur jet et intégral
Sept heures d’autonomie en utilisation et une semaine en fonction d’attente. Temps de charge : 3 heures.
Possibilité d’un appel en conférence avec conducteur / passager / tierce personne.
Mode portable prioritaire : Réception des appels entrants prioritaires pendant la fonction Intercom.
L’ensemble de ces systèmes peuvent être raccordés à des talkie-walkies pour des communications de moto à moto.
Seul le PMR-X2 de ChatterBox intègre cette fonction d’origine.
Les systèmes MàM
Il y a quelques années, la puissance d’émission des appareils de communication à distance était limitée à 10 milliwatts. Si vous n’étiez pas en contact visuel avec votre interlocuteur, il y avait le plus souvent de la friture sur la ligne.
Mais en 1999, une nouvelle fréquence appelée PMR 446 (Privat Mobile Radio) a été mise à la disposition du public. Les appareils PMR sont autorisés à émettre avec une puissance de 500 mW, suffisante pour recevoir un signal exempt de parasites jusqu’à une distance de deux kilomètres en rase campagne.
Je n’ai pas recueilli de données sur les performances des talkie-walkies.
Peu sont spécialement conçus pour la moto (ce qui n’est pas non plus obligatoire pour de bonnes performances audio), le seul que je connaisse qui soit prévu pour cet usage spécifique est distribué par TecnoGlobe.
Rappel de sécurité
Avec trop de sources audio plus ou moins permanentes (le passager + le GPS + la radio + le téléphone), on commence à entrer dans un délire dangereux pour la sécurité.
Il est bon de rappeler qu’un son perçu directement dans l’oreille distrait une bonne partie de l’attention du pilote et entraîne une baisse importante de la concentration.
Cette baisse de vigilance s’avère encore plus importante (environ 40% de moins) si on est soi-même actif dans la conversation avec un interlocuteur distant (par téléphone) qui par ailleurs n’est pas présent et ne peut réagir aux aléas de la circulation.
En outre, autant il peut être agréable d’écouter la radio par les hauts-parleurs, autant il est dangereux d’avoir une oreillette. Outre le fait que l’on ne perçoit plus les sons extérieurs, il est prouvé qu’on a tendance à modifier sa conduite en fonction du rythme de la musique écoutée.