Une prise de position éditoriale sur mon opinion personnelle sur le débat de la sécurité à moto.
Le débat parfois vif entre motards sur les notions de responsabilité individuelle d’un côté et de liberté individuelle de l’autre peut être ramené (schématiquement) à un dilemme entre sécurité et confort (au sens de confort de l’individu, de la recherche de son intérêt particulier immédiat).
Deux thèses s’opposent:
- le confort procure la sécurité, même si la sécurité impose parfois de diminuer son confort ;
- le confort diminue le sentiment de vulnérabilité et la notion de responsabilité, ce qui impacte la sécurité.
Certains les mettent non pas en opposition, mais en rapport causal. Selon eux, un trop grand confort diminuerait la vigilance, tandis qu’à l’inverse, un moindre confort maintient éveillé et sur ses gardes.
Un copain à moi se demandait par exemple si le port du casque jet n’aiguisait pas le sens de la prudence, vu le sentiment de vulnérabilité plus grand qu’il procure. Cela peut se tenir.
Sauf qu’en poussant le raisonnement au bout, on pourrait dire que ceux qui conduisent en t-shirt et sans gants devraient rouler plus prudemment puisqu’ils seraient censés se sentir plus vulnérables. On sait bien que ce n’est pas le cas.
A l’opposé, la recherche systématique de la sécurité à moto, telle qu’elle est parfois menée à nos jours (et qui est en un sens une contradiction interne, puisque ce mode de transport représente intrinséquement un risque), se rapproche du fameux “principe de précaution” invoqué à tout bout de champ.
Là encore, en poussant à fond cette logique, on en arrive à nier la notion de responsabilité individuelle. Après tout, chacun n’est-il pas responsable de son intégrité ? Pourquoi devrions-nous diminuer notre confort, notre plaisir, notre intérêt personnel et immédiat, au nom du respect de notre propre sécurité et de celle des autres ?
Sauf que…
Comme souvent, une argumentation inverse est tout aussi possible.
L’argument qui tend à faire croire que l’on peut s’adonner en toute sécurité à la vitesse de façon isolée n’est valable qu’en milieu protégé, c’est-à-dire sur circuit. Nous partageons la route. Au-delà des risques qu’il encoure pour lui-même, le motard évalue souvent mal ceux qu’il peut faire courir aux autres. Une moto lancée à pleine vitesse peut couper une voiture et en tuer les occupants. Le motard sera certainement tué lui aussi, mais il ne partira pas seul.
Au total, on ne s’en sort pas, chacun y va de son raisonnement et les positions s’échelonnent tout au long du spectre entre les deux extrêmes, d’un côté les tenants de la liberté individuelle totale à l’américaine (enfin, dans les Etats qui n’imposent pas le port du casque), de l’autre les partisans du tout sécuritaire.
Beaucoup modulent leur opinion selon le sujet, sont plus sécuritaires sur tel point, plus libertaires sur un autre. Cela peut même varier dans le temps. Chacun voit midi à sa porte en fonction de son expérience ou de ses souhaits personnels…
Ma position qui vaut ce qu’elle vaut, c’est-à-dire pas grand-chose: bien sûr, chacun est libre.
Bien sûr, quand on parle de casque jet par exemple, le premier impacté sera le motard qui aura privilégié le confort sur la sécurité. En cas d’accident, s’il est défiguré ou qu’il prend la bulle dans les dents, il ne pourra s’en prendre qu’à lui-même. Il sera le premier responsable et le premier concerné.
Mais sera-t-il le seul ?
C’est à mes yeux le même débat que celui sur la gratuité des secours.
Un accident coûte de l’argent à la collectivité. Les soins, une hospitalisation prolongée, la rééducation, ça coûte cher, très cher, tous les personnels des services de santé pourront en témoigner.
Quand un mec se plante en montagne parce qu’il a été assez bête pour aller faire du hors-piste alors qu’il y avait un bulletin d’alerte avalanche, il coûte des milliers d’euros à la collectivité. A tel point que maintenant, les communes de montagne veulent faire payer, au moins en partie, les victimes d’accident.
Pour info, un blessé grave (handicapé lourd et à vie) coûte au total entre cinq à six millions d’euros aujourd’hui en France.
Dans la même optique, qu’en est-il du motard irresponsable qui va aller se planter et se blesser gravement parce qu’il aura négligé la combi intégrale cuir pour éviter d’avoir chaud ?
Je pousse l’exemple volontairement très loin, mais l’idée est la même. Les conséquences d’un accident vont forcément coûter au contribuable, c’est-à-dire à tous (enfin presque). Sans compter le temps perdu par les secours qui auraient peut-être pu être utiles sur un autre sinistre, etc.
Nous vivons dans une société organisée. Chacun de nous est un citoyen qui représente à la fois un capital et un investissement pour la société, notre pays et notre nation. Le pays a financé notre éducation, payé pour nos études et attend en retour une production, un travail, des cotisations, des impôts, des enfants pour renouveler le cycle. Un motard qui se tue par négligence, c’est un électeur, un contribuable, un salarié, un parent qui disparaît.
La moto est une activité à risque, à nous de l’assumer et de réduire le risque au minimum tout en préservant notre plaisir.
Comme ce n’est pas possible d’atteindre le risque zéro, y a pas de règle, de barème, d’échelle, d’évaluation exhaustive. Chacun fait à son idée. Tant qu’elles ne mettent pas les autres en danger et qu’elles ne nuisent à personne, toutes les pratiques de la moto sont respectables.
Sauf que personne peut garantir de se planter tout seul comme un grand sans blesser qui que ce soit. Et qui peut être sûr de ne déranger personne en prenant deux secondes de plaisir égoïste à taper la grosse accélération en ville ?
Une fois ce postulat posé, et au risque de faire grincer quelques dents (de pignon de chaîne), je pense pour ma part qu’un motard (un usager de la route en général, d’ailleurs) est TOUJOURS responsable, au moins partiellement, en cas d’accident.
On pourra multiplier les exemples, mais je dis, persiste et signe que l’accident s’est produit parce le motard n’avait pas pris assez de précautions ou pas conduit de façon adaptée aux circonstances, à l’environnement, aux conditions de conduite, etc.
Et ce même quand c’est l’autre véhicule qui est responsable au regard de la loi et/ou des assurances.
Un “accident” au sens propre est un concours de circonstances. Pour avoir un accident (avec un tiers, bien sûr), il faut être deux: chacun en est une cause, même si l’un en subit les conséquences et se trouve plus victime que l’autre.
Alors au final, que pouvons-nous faire pour nous conduire en motards responsables ?
Premièrement, éviter ou réduire les conséquences physiques d’une éventuelle chute (avec ou sans choc, préalable ou ultérieur) en portant un équipement de protection complet dans toutes les circonstances. Je pense m’être assez étendu sur le sujet à travers différents articles sur chacune des conditions de circulation.
Deuxièmement, parvenir à éviter ou réduire l’impact en cas de choc, en sachant réaliser un évitement et en sachant effectuer un freinage d’urgence, à n’importe quelle vitesse, quelles que soient les conditions. Dans ce domaine, rien ne remplace l’entraînement et les stages de perfectionnement.
Troisièmement, et c’est le plus important, en apprenant à éviter les situations d’urgence. La vraie sécurité, c’est de savoir éviter totalement l’accident. Et là, pas de mystère, c’est l’expérience qui joue. Avec le temps, les kilomètres, on apprend à savoir où et quoi regarder, à repérer les situations qui peuvent poser problème. Il y a les pettis indices qui nous signalent que là-bas devant, se présente un risque, même si on ne le voit pas encore. Au bout d’un moment, cela confine à une sorte de sixième sens. Et on sait prendre de suite les mesures pour réduire le risque, en général ralentir tout simplement, augmenter les distances de sécurité, poser les doigts sur le frein, tomber un rapport…
Le secret de la longévité à moto, c’est de savoir éviter les problèmes, pas de savoir réaliser au dernier moment un évitement ou un freinage de trappeur.
6 commentaires
13 octobre 2007 à 14:11
Bonjour,
Bravo pour votre article “se conduire en motard responsable” analyse excellente.
Après avoir possédé un certain nombre de bécanes (depuis la R60/2 en 1973 jusqu’à la Honda Varadero 1000 récemment) je viens d’acquérir une R 1200 RT d’occasion récente – année 2006 6300 kms. Le vendeur, bien que professionnel, n’est pas un concessionnaire BM- En ce qui concerne la pression de pneus (montée en Bridgestone BT), il me recommande de gonfler à 2.5 (avt) et 2.8 (ar); j’ai lu pour ma part 2.5/2.9 sur le bouquin et sur des sites dédiés aux pneus. Quel est votre avis ?
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Réponse
Bonjour et merci.
Les pressions de pneus préconisées sont indiquéées dans le manuel du conducteur. Sur une RT, il est conseillé 2,3 / 2,8 en solo et 2,5 / 2,9 en duo ou chargé. Personnellement, je règle à 2,5 / 3,0 car je roule souvent chargé et à bonne allure. Cela me permet de faire durer le pneu plus longtemps.
Mais une différence de 0,1 bar à l’arrière joue peu, on ne la sent pas (une différence sensible commence à 0,3 bar, surtout à l’avant) et cela joue surtout sur l’usure du pneu.
Restez sur 2,5 / 2,9, c’est parfait. Mieux vaut être légèrement surgonflé que sous-gonflé.
30 mars 2008 à 17:32
Bonjour,
Je ne suis évidemment pas d’accord concernant notre responsabilité permanente : quid de l’accident par l’arrière, faute à un conducteur ne sachant pas discerner les distances (personne âgée, mal-voyante, ivre, ou tout simplement un connard qui ne pète que plus haut que son cul) ? Arrêté à un feu rouge, tamponné par deux rougeots, quel était ma responsabilité ?
Non, il n’y a pas de stigmatisation à faire sur notre communauté, mais bien sur l’ensemble des usagers de la route, piétons compris, car nous ne sommes que très rarement responsables de l’accident : 5%, 1% par inadvertance, 2% à cause de la vitesse, 2% à cause d’une perte de contrôle du véhicule (source INSEE 2007).
Il faut dire la vérité au public : les précautions doivent être obligatoires, ne serait-ce qu’à cause du coût engendrés par des brulures facilement évitables; mais il faut aussi faire confiance aux motards, notamment en supprimant ces brides ridicules aux jeunes conducteurs, tout en conservant celle des 100ch. éventuellement.
Malgré cela, je suis d’accord avec une grande partie de votre article, et vous en félicite par ailleurs.
Amicalement,
Raphaël.
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Tout le monde a le droit de ne pas être d’accord.
Mais même dans les cas que tu cites, le motard avait une possibilité d’éviter l’accident. Quand on s’arrête au feu rouge, on reste en première et on garde un oeil sur les rétros, justement pour surveiller si un crétin n’arrive pas à fond de train.
Il faut discerner entre la responsabilité pénale, la responsabilité d’assurance et la responsabilité technique, voire “morale”.
L’idée générale est tant que le motard avait moyen d’éviter l’accident, on peut dire qu’il en est partiellement responsable (de mon point de vue).
11 novembre 2008 à 23:54
A près plus de 10 ans de pratique diverses, ville, rando d un jour ou sorties de plusieurs jours Il me parait évident que c’est une’ approche humble et anticipatrice de la route qui peux nous éviter des accidents. J ‘y ajouterai une attention de chaque instant et le fait de ne jamais se considérer comme un trés bon, de ne’ pas jouer sur la facilité que procure une moto que nous connaissons trop bien.Ne perdons de pas de vue qu’entre
2002 et 2008 le parc roulant a gonflé de plus de 35% avec beaucoup de trés jeunes permis , en réalité encore des ados avec des mentalités de gosses qui jouent avec leur nouveau jouet la moto comme ils le font avec leur jeu vidèo. Nous revient l’éternel problème de la maturité plus tardive chez le garçon. L’idée qui circule” depuis un certain temps déja de décaler son passage de permis à 21 ans me semble une solution sage et trés raisonnable au regard de leur taux accidentogène trés nettement supérieur aux filles. Ce délai de 3 années leur permettra d’acquérir la maturité nécessaire et le sens de la responsabilité
12 novembre 2008 à 09:36
Bonjour, et encore bravo pour un article bien fait, franc du collier, et fondé sur des faits et non une simple idée.
Je me permet de repondre à Hervé. Je suis tout à fait d’accord avec lui sur le fait que seule “une approche humble” evite l’accident, que ce sois sur 2, 4, 3, ou 27 roues. En revanche, je me permet d’apporter un leger bemol sur la notion de “maturité”.
Ayant 21 ans, 2 ans de permis B en main, et 5 ans d’études superieures derrière moi, je peux dire objectivement que la maturité, surtout sur route, n’est pas directement lié à l’age. Alors oui, je suis d’accord que la limitation en puissance à 21 ans evitera aux jeunes tout frais d’aller se vautrer en beautée avec une grosse R1 toute belle que papa et maman Jean Naiduflouz lui auront offert pour son noel, mais n’est-ce pas reducteur de considerer que l’age est le seul facteur de maturité ?
De plus, mais la on se lance dans un debat plus general sur la notion de seuil, est on reellement plus mature à 21 ans qu’a 20 ans ? Ou à 22 qu’a 21 ?
Malgré tout, je le concede, nous somme dans une société qui necessite des règles generalisées, et le palier d’age semble, malheureusement, la solution la plus pratique.
Je conclurai sur mon avis, qui vaut ce qu’il vaut : la maturité nait dans l’experience.
Pourquoi ne pas faire visionner aux nouveaux inscrits aux permis (oui j’ai bien dit auX) un film clair et franc, sur les dangers du vehicule associé, et de la route par extension, pour sois, comme pour les autres (famille inclue, par retour de balle) : vidéo de temoignage d’handicapé lourds, details d’un accidents. … Mais aussi obligation des equipements de securité : expliquer le role de chaque élement : “si vous ne mettez pas votre cuir, ce n’est pas seulement une amende que vous risquez, mais, outre de nombreuses et douloureuses fractures, d’importantes liaisons cutanées” etc etc. Qu’on ne vois plus des cakes en GSXR-750 en short et t-shirt (qui n’ont pas tous 21 ans …).
Batissons des hommes au lieu de construire une repression.
Bonne route à tous
Arnaud
6 juillet 2009 à 20:07
Bien d’accord sur la responsabilité partielle en cas d’accident; mais ce n’est pas le plus important: ce qui est réellement important c’est ce que je peux apprendre de cet accident quand je m’en sorts sans trop de casse corpo; et de même quand ça s’est bien passé, mais trop juste trop chaud !
la responsabilité ,de sa sécurité, de celle des autres (mais bon soyons réaliste: surtout de la mienne!) ne serait-ce pas plutôt un état d’esprit: quelle stratégie de protection puis adopter pour limiter le risque et prolonger ce plaisir de rouler en moto?
Cela se construit au fil les chaleurs, des Km et des années;
Par contre ces situations (à risques) ne me semblent pas enseignées, transmises ni même répertoriées, avec leurs stratégies de protection “possibles”
Il resterait à chacun de faire son marché dans ce pannel de comportements inventé et mis en commun
Ne serait-ce pas celà se prendre en main ??
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Réponse
Oui, bien sûr, ce serait merveilleux de pouvoir réunir et partager nos expériences pour apprendre les uns des autres.
Reste à trouver par quel moyen, sous quelle forme…
Ce site est une première idée. Je travaille sur une autre, avec une association de formation continue des motards, pour des cours de perfectionnement tout au long de l’année.
S’il y a d’autres idées, je suis preneur.
30 septembre 2009 à 12:48
“Pour info, un blessé grave (handicapé lourd et à vie) coûte au total entre cinq à six millions d’euros aujourd’hui en France.”
Achevons les