21 janvier 2007...16:38

Rouler GT en deux-roues

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Mon point de vue sur le tourisme à moto: qu’est-ce que la moto de grand tourisme (GT) et pourquoi je la pratique, avec des exemples d’autres motards routards et leurs sites.

Rouler à moto m’a toujours paru synonyme de voyage.

Dans ma jeunesse étudiante, j’avais déjà un intérêt pour la moto, sans plus, mais le déclic s’est produit à la vue d’une Triumph 900 Trophy III stationnée dans la rue à Lille, avec sa robe vert anglais. Là, je me suis dit: “j’aimerais voyager avec cet engin !” et j’ai commencé à me renseigner sur le monde de la moto.

Quand je me suis finalement décidé à passer le permis A, je me suis immédiatement tourné vers les routières. Jamais je n’ai été intéressé par les motos clinquantes et bruyantes. Je ne sais pas pourquoi car je peux les trouver belles, je suis content que ça existe, mais il ne m’est jamais venu à l’esprit de vouloir une hypersport ou une Harley…
Je fais de la moto pour moi, pour mon plaisir à moi tout seul personnellement, pas pour les autres. Pas pour en mettre plein la vue, pas pour avoir l’impression d’être plus rapide en ligne droite, pas pour racoler les minettes, pas pour mieux paraître un homme ou un rebelle… Evidemment, si tout ça vient en plus, tant mieux, mais ce n’est pas le but premier.

La moto, c’est pour moi une façon de vivre (je n’irais pas jusqu’à dire un art de vivre) et de vivre la route autrement. En fait, j’aime la moto parce qu’elle est le meilleur moyen de vivre la route. Ce qui m’attire, c’est le voyage et pour moi, la moto est le meilleur moyen de voyager, de voir du pays, de faire des rencontres, de découvrir d’autres cultures, de parcourir le monde entier à moindre coût en s’ouvrant sur les autres.

Partez seul à moto et vous verrez combien les gens viennent facilement vers vous et engagent la conversation ! Tout autre moyen de transport (sauf peut-être le cheval) crée une barrière et/ou suscite moins de curiosité. Et dès qu’on est à deux (en couple sur une moto ou à deux bécanes) ou en groupe, on a tendance à rester entre soi et les autres ont moins de facilité à venir à votre rencontre.
Le voyage solo à moto, c’est l’ouverture sur le monde !

Le motard solitaire ne fait pas peur, il attire la sympathie et la curiosité, surtout si on voit qu’il vient de loin, qu’il n’est pas de la région ou du pays. Pour ma part, j’affiche même ostensiblement mon origine française car tout le monde connaît le drapeau français et aime plus ou moins notre pays. A l’autre bout de l’Europe, en Afrique, en Asie, même si vous ne parlez pas la langue locale, tout le monde vous regarde passer, vous fait des signes de la main, vient vous voir dès que vous vous arrêtez.
Bien sûr, cela marche mieux si vous ne découragez pas les curieux ! Ne gardez pas votre casque fermé, enlevez-le tant qu’à faire, ôtez les lunettes de soleil, faites un sourire et ne restez pas sur la moto… Montrez que vous restez plus de trois minutes et que vous n’allez pas tirer dans le tas si quelqu’un s’amène à moins de deux mètres.

Parce que la moto attire autant la curiosité que le motard. La moto fournit un excellent moyen d’engager la conversation sans poser de question personnelle à son propriétaire. Allez questionner un randonneur sur ses chaussures, un cycliste sur son vélo, un cavalier sur son cheval, un automobiliste sur sa voiture (à moins qu’il s’agisse d’un modèle rare)… A moins d’être un expert, vous n’aurez pas grand-chose à demander et lui vous regardera d’un drôle d’air.
Alors que tout le monde trouve normal d’aller discuter avec un motard, de demander des infos sur sa machine, et “à combien elle monte ?”, et “c’est quelle cylindrée ?”… Les vieux vous raconteront leurs exploits de jeunesse sur leur pétrolette d’antan, les gosses diront qu’ils veulent la même ou une “mieux”. Et à partir de là, tout s’enchaîne facilement: “d’où vous venez ?” et “où vous allez ?”… Même avec le langage des signes, ça passe !
Je me souviens de ce vieil ouvrier qui était venu me voir alors que je me changeais à l’abri sous un auvent pour affronter un déluge du tonnerre de Brest dans le sud de la Lituanie, pas loin de la frontière polonaise. Je ne parle évidemment pas lituanien, à peine polonais, et lui ne parlait ni français ni anglais. Mais avec des gestes, ses trois mots d’allemand et mes deux mots de russe, on a réussi à discuter pendant un quart d’heure et j’ai pu lui expliquer que la BMW n’a que deux cylindres et pas trois comme il le pensait !

Et les rencontres entre motards… On part seul et on rencontre toujours du monde, surtout des Français (mais pas seulement) ! Un groupe de motards bretons au fin fond de l’Irlande, un BMiste alsacien en Ecosse, deux motards rouennais en Norvège, un GSiste aux Pinguinos à Valladolid, des gendarmes marocains à moto (en BMW, forcément), un vadrouilleur nippo-canadien de passage en Lituanie…
Dans un récit de leur voyage sur le forum Adventure Rider, deux Finlandais, partis d’Helsinki vers Oulan-Bator et retour, racontaient comment ils avaient réussi à tomber sur un Américain du même forum au beau milieu d’une piste de Mongolie intérieure ! Lequel Ricain était d’ailleurs un fondu de 60 balais qui avait construit lui-même son side-car à partir de différentes pièces de BMW, l’avait envoyé par bateau en Allemagne et se faisait Brême – Berlin – Varsovie – Moscou – Oulan Bator – Pékin tout seul avant de rentrer en bateau par San Francisco…
Le motard est grégaire et toujours curieux de la bécane de son prochain. Comme le dit avec humour “L’Encyclopédie imbécile de la moto“, il est toujours enrichissant d’apprendre que la machine de votre interlocuteur engloutit gentiment son litre d’huile moteur aux mille bornes… On arrive toujours à lier conversation et on se retrouve bien souvent à prendre un verre, voire partager un repas ou même être invité à passer la nuit.

Bien sûr, je pourrais parler encore longtemps des sensations que procure le fait de faire la route à moto: la proximité avec l’environnement, les odeurs que l’on perçoit à travers le casque, le froid et la chaleur que l’on ressent en direct, les sons qui ne sont pas étouffés par une carrosserie, les endroits où on peut aller en moto et pas en voiture, la possibilité de regarder partout autour de soi sans être gêné par un toit ou une caisse de tôle…
Mais soit vous le savez déjà, soit vous l’expérimenterez bientôt par vous-même.

Il existe de nombreuses pratiques différentes de la moto, avec chacune des machines adaptées.
Parmi elles, la moto de grand tourisme s’avère plutôt en déclin. La moto GT est en effet un loisir mécanique exigeant, onéreux et fatiguant. Nul besoin d’être un athlète, mais il faut une bonne condition physique pour parcourir des centaines de kilomètres par tous les temps.
Il ne s’agit pas ici de la petite balade dominicale entre avril et septembre, mais de parcourir la France et l’Europe, voire plus loin, de partir en voyage à moto pour un week-end, une semaine, un mois…

L’avantage est que le tourisme moto ne nécessite pas une machine spécifique.
On peut partir en voyage avec presque tous les deux-roues (ou trois roues) motorisés, de 50 à 2300 centimètres cubes, à condition bien sûr qu’ils soient homologués pour la route. Et donc dotés de feux de route en état de marche (et allumés), d’au moins un rétroviseur, de clignotants opérationnels et visibles, d’une plaque d’immatriculation…

Vous avez un roadster ou une supersport ? Collez-lui une bulle haute, une sacoche de réservoir, des valises souples, et c’est parti !

Mais il est évident que le grand tourisme moto se vit tout de même mieux avec une routière (sport-GT ou trail routier), voire une moto dite “GT”: une position de conduite droite, une bonne protection contre le vent et les intempéries, une forte capacité d’emport de bagages, une grosse cylindrée pour tracter tout ça et un certain nombre d’accessoires de confort et de sécurité.
L’ensemble coûte évidemment un prix certain, surtout à l’achat neuf.
De plus, comme on parcourt un important kilométrage annuel (disons, plus de 15.000 km par an), l’entretien mécanique et l’équipement motard représentent un budget conséquent.

Pour autant, il n’est pas indispensable de se ruiner.
Un ancien collègue m’a longtemps régalé de ses récits de jeunesse, quand il écumait l’Europe au guidon de sa Mobylette, jusque de l’autre côté du Rideau de Fer (c’était dans les années 1970). On a vu des “bleues” (la 49,9cc de Motobécane) parcourir des milliers de bornes un peu partout dans le monde.

Il faut bien avouer que la figure un peu mythique du “motard routard”, qui partait sillonner le Sahara en 600XT ou poussait jusque Katmandou en vieux flat BM, a un peu disparu aujourd’hui. Mais on voit encore des routards invétérés.

Je me souviens de ce motard bordelais qui a fait Bordeaux – Moscou – Washington en 1999 avec un petit trail Yamaha 125 DTR. La boîte de vitesses avait rendu l’âme à Chicago, à 1.800 km du but final, mais c’était un beau voyage de 30.000 km destiné à promouvoir l’amitié entre les peuples (reportage dans Motomag d’avril 99).
Il y a eu aussi cette motarde qui a parcouru 25.000 km en Afrique, du Maroc au Togo, sur un trail Honda 650 Dominator (toujours un reportage de Motomag, en juin 2001).
Je crois me rappeler qu’il y a eu une autre petite Française exilée aux States qui a rallié Ushuaïa depuis San Francisco sur une BMW 650 GS.
Lors de mon voyage au cap Nord en 2006, j’ai rencontré en Lituanie un Japonais qui vit au Canada et parcourt le monde sur sa vieille Suzuki 350, toute bricolée avec des pare-mains taillés dans un bidon d’huile et des valises latérales faites maison. Le gars avait fait toute l’Amérique, de l’Alaska à la Terre de Feu, et commençait le même style de périple en Europe…

Autre exemple, Henri Carpentier, un jeune avocat lillois qui a fait Paris – Pnomh Penh (au Cambodge), soit 20.000 km, au guidon d’une XT en 2004, non seulement pour le plaisir, mais aussi pour défendre les droits de la personne.

Quelques autres motards voyageurs au long cours, que je connais plus ou moins :

  • Les récits (longs et détaillés) et les photos des voyages au long cours d’Olivier Chartron, adepte des européennes (BMW, Triumph, MotoGuzzi) qu’il a emmenées un peu partout en Europe, voire plus loin.
  • Le récit du tour d’Europe d’Antoine Viau, 15.000 km dans 15 pays en 50 jours et en SV 650.
  • Grand cyber-motard devant l’Eternel, Pierre Scherrer présente ses balades en France et ses voyages à l’étranger réalisés depuis 1998. Une somme de bons plans et de longs récits, rédigés d’une plume alerte, avec en bonus les road-books au format GPS Garmin.
  • Un blog de voyage en Europe du Nord, par Philippe en ZZR 1100.
  • Jean Gallot nous raconte sans prétention ses nombreuses balades en France. De 1998 à 2007, il n’a pas raté une seule occasion de sortir sa Pan European, avec une bonne centaine de parcours décrits et illustrés avec simplicité et bonne humeur.
  • Même si le site de Geoffrey Laloux ne sera pas actualisé avant l’été 2007 (pour cause d’un long voyage en Asie), il reste en ligne et propose toujours une mine de récits et de conseils d’un grand voyageur, motard et photographe. Ne pas manquer ses dossiers pratiques.
  • Marc et Carine, un couple de motards belges, qui se définit comme “juste des touristes à moto”, racontent leurs échappées avec force conseils d’équipement et surtout des road-books au format électronique convertissables pour GPS, proposés par les auteurs du site et des internautes.
  • Les voyages de Christelle et son mari, qui vivent pas loin de chez moi. Nous avons parcouru à peu près les mêmes pays, mais pas au même moment.
  • Les balades de Marco, un FRMiste de longue date.
  • Récits, conseils et photos d’un routard en FJR.
  • Le récit d’un petit tour du pâté de maisons, Marseille – Shanghai par la route de la Soie, effectué en 2005 par Jean-Loup.
  • Un autre petit bout de route, le tour du monde à moto de Vincent Danna, achevé en 2006.

Dans le genre, les acteurs britanniques Ewan McGregor et Charley Boorman ont fait beaucoup pour repopulariser le grand raid à moto, avec leur périple “Long Way Round” (”le grand tour”) en 2004, en ralliant New York depuis Londres à travers l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord: environ 32.000 km en BMW R1150GS Adventure (ce qui a donné un coup de fouet aux ventes de ce modèle dans les pays anglo-saxons).
Leur célébrité leur a permis d’éditer d’abord un DVD, puis un livre. Ce dernier est édité en français chez Flammarion, mais le film n’existe qu’en anglais (avec sous-titres français).

Et pour finir en musique, je ne résiste pas à la tentation de vous donner les paroles de la chanson “Long way round” des Stereophonics:
Remember me my love, I’m the one you’re dreaming of.
Going for a ride, I’ll keep you warm inside.
I’m Gonna roll up the sidewalk, I’m gonna tear up the ground.
Comin’ round to meet you, The long way round.
Sooner or later, I’ll get me off this track.
Gotta do what it is that I do and then I’m coming back.
Got sun in my face, sleeping rough on the road.
I’ll tell you all about it, when I get home.
Gonna roll up the sidewalk, I’m gonna tear up the ground.
Comin’ round to meet you, The long way round.

2 commentaires

  • thierry charmensat

    peut être l’article le plus instructif car il dévoile implicitement la personnalité de son auteur… et certainement de pas mal de motards roulant “GT”; il est évident qu’il y a un état d’esprit particulier, un peu “Lucky Luke”: solitaire, mais attentif aux autres…I’m a poor lonesome cowboy…. on te sent très amoureux de Jolly Jumper!!! mais où est Rantanplan? et qui sont tes Dalton?…

    - – -

    Salut Thierry,

    Pour les Dalton, je ne sais pas trop…
    Mais mon Rantanplan à moi, c’est mon pote Philippe, mon boulet personnel, un ami que quand tu as un ami comme ça, tu n’as plus besoin d’ennemis !

  • Jean-Michel Bechet

    Il y a aussi ce magnifique site d’un allumé qui a fait Ouagadougou – Paris en Peugeot 103 :

    http://africanmoped.free.fr/indexfr.html


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