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6 juillet 2009
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6 juillet 2009
Les motards et le bruit
Petite réflexion personnelle sur la culture motarde du bruit, en particulier sur le mythe latin du pot d’échappement bruyant. Dans l’imaginaire du motard “moyen”, une moto est faite pour “faire du bruit”. Beaucoup de motards ne jurent que par le bruit de leur moto, synonyme pour eux de vitesse, de puissance, de virilité…
Je sais bien que tout cela va encore me faire passer pour un vieux con, mais il fallait que je le dise.
N’hésitez pas à laisser vos commentaires, positifs ou négatifs, que vous soyez d’accord avec moi ou non. Tous les points de vue m’intéressent, pourvu qu’ils soient argumentés.
Une moto bruyante sera peut-être mieux entendue sur la route, mais seulement si elle roule assez lentement pour laisser le temps aux autres usagers de la route de l’entendre arriver, de la détecter et de réagir. Cela suppose aussi que l’autre usager soit en état de l’entendre arriver, donc que l’automobiliste n’ait pas mis son autoradio à fond, qu’il ne soit pas en train de téléphoner, qu’il ne soit pas sourd, etc.
Mais pour que le bruit de la moto soit suffisamment élevé pour être perçu vers l’avant, il devra être tellement fort vers l’arrière qu’il constituera une agression pour ceux qui se trouvent derrière et reçoivent le son en direct.
Moralité, beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Un pot bruyant permet seulement d’être mieux repéré dans les bouchons, là où on en a le moins besoin (en tout cas, d’un point de vue de sécurité pure).
A l’inverse, à haute vitesse, quand on voudrait être perçu de loin, le son est dispersé, n’est pas perçu vers l’avant et agresse ceux qu’on dépasse.
Quelque part, ça me désole (avant j’en riais, maintenant, j’en pleure) de voir tous ces motards qui claquent leur thune dans des pots d’échappement.
Le pot, c’est sans doute la pièce la plus inutile dans une moto, celle qui sert le moins à la conduite et à la sécurité.
Je peux comprendre le gars qui monte des super pneus (pas toujours nécessaire, mais bon, c’est utile), des durites aviation ou des plaquettes carbone, une bulle haute, une selle confort, des commandes réglables, des embouts de guidon allégés, des protections carbone…
Tout ça n’est pas fondamental, mais ça peut aider.
Mais un silencieux d’échappement !!!
Toutes les motos récentes (depuis 2007) sont homologuées avec un pot aux normes antipollution Euro3 et à des niveaux sonores compatibles avec la loi anti-bruit de 1992.
Tous les deux-roues motorisés (2RM) doivent respecter un niveau maximal d’émission sonore:
72 décibels (dB(A) jusqu’à 50 cm3
79 dB(A) de 80 à 125 cm3
80 dB(A) pour les plus de 500 cm3
Les restrictions existent. Le problème est qu’elles ne sont absolument pas respectées, ni imposées. Pas respectées par les propriétaires des deux-roues motorisés, pas imposées par les forces de l’ordre. Une fois de plus, le législateur a pondu une loi qui ne sert à rien car elle n’est pas mise en application, faute de volonté politique et de moyens techniques et financiers.
Ces lois sont pourtant faites pour vous faciliter la vie et faciliter celle de ceux qui vous entourent.
Pourquoi vouloir changer de pot ?
C’est même pas pour la performance: la plupart des pots adaptables font perdre de la puissance et du couple par rapport au pot d’origine, Motomag l’a prouvé.
C’est juste pour le look et le bruit.
‘Tain, quand vous êtes sur la moto, vous regardez souvent votre pot, vous ???
Non, c’est juste pour faire plus beau (et encore, ça se discute) à l’arrêt, pour l’admirer depuis la terrasse du café. Ah, les beaux motards que voilà…
Et le bruit…
Alors déjà, scoop: le bruit qui sort d’un silencieux d’échappement part vers où ? Vers l’arrière. Et en général, une moto roule en marche ? Avant.
Moralité, le bruit, ce n’est pas tant vous qui en “profitez” que ceux qui vous suivent et vous entourent… Sur la route, ça va encore, vous n’emmerdez que les animaux sauvages au fond des bois. Mais en ville, vous pourrissez la vie aux enfants (qui ont l’oreille plus fragile que les adultes), aux bébés, aux nanas, à tous les piétons et tous les habitants des alentours.
Une étude de l’ADEME a calculé qu’une moto avec pot “full barouf” qui traverserait Paris de bout en bout la nuit réveillait environ 300.000 personnes…
Un pot adaptable non homologué, ça ne sert à rien, A RIEN DU TOUT.
Juste à vous faire dépenser votre fric à essayer de faire croire que vous avez une plus grosse moto.
Non seulement ça n’amène aucun avantage, mais ça crée surtout des inconvénients.
Un bruit plus élevé vient s’ajouter au niveau sonore déjà très élevé qui règne dans le casque d’un motard et ajoute donc à la fatigue, surtout sur long trajet.
Pour info, la moyenne de niveau sonore des casques intégraux sur une moto non carénée tourne autour des 90 décibels à 100 km/h et 100 dB à 130 km/h. Soit le bruit d’un avion au décollage. C’est-à-dire qu’au bout d’une heure sur autoroute à vitesse légale, vous commencez à endommager irrémédiablement votre oreille…
Et il faudrait en plus ajouter le bruit d’un pot bruyant ?
Autre inconvénient, un pot non homologué modifie les caractéristiques du véhicule. C’est comme débrider la moto. Conséquence en cas de sinistre: l’assurance ne couvre pas.
Dernier problème: les pots coûtent cher.
C’est pas la petite pièce à 30 euros. Y en a pas en-dessous de 300 euros en neuf et ça peut grimper jusque 1.000 euros pour une ligne complète Akra.
Autant d’argent qui part en fumée puisqu’il ne sera pas possible de le récupérer à la revente de la moto.
Un pot, c’est comme un accessoire, ça perd au moins la moitié de sa valeur à la revente. Et en plus, dans le cas du pot, il faut garder le pot d’origine car on a l’obligation de le fournir à l’acheteur.
D’où double dépense: le prix de l’origine (compris dans le prix de la moto, faut pas l’oublier) + le prix du pot de remplacement.
Autant d’argent qui n’est plus disponible pour d’autres équipements, qui seront eux plus importants, notamment pour la sécurité.
J’ai lu un jour le post d’un gars que je connais un peu, qui roule en GSX-R et a percuté un camion ayant grillé un feu rouge. Bilan, les deux genoux touchés dont un gravement avec fracture ouverte. Hé oui, il roulait en jeans…
Ce qu’il dit aujourd’hui:
“Mes bottes m’ont sauvé les chevilles mais du fait d’etre en jean j’ai 2 genous en vrac et un qui l’est pour un moment
Sur que le jour où je pourrais remonter sur une moto ca sera TOUT en cuir et TOUT LE TEMPS”
Les 300 euros qui passent dans un pot bas de gamme, c’est le prix d’un bon pantalon de cuir.
1.000 euros mis dans un super pot de la mort qui partira avec la moto dans trois ans, c’est le prix d’une tenue complète de protection de bonne qualité que vous garderez dix ans.
A votre avis, c’est quoi le plus important ? Votre peau ou l’impression que les gens vont retenir de votre passage pendant cinq secondes ?
Précision: l’honnêteté m’oblige à reconnaître que j’ai monté sur ma GS un pot adaptable, un Lazer racheté d’occasion à un copain pour une bouchée de pain. Il est homologué (à 86 dB), j’ai choisi de le mettre pour augmenter légèrement le couple à bas régime. Il n’apporte rien en puissance, mais un peu plus de reprise à bas régime. Il ne fait pas plus de bruit que celui d’origine, mais dégage une sonorité plus rauque sur les accélérations.
Juste pour dire que je ne condamne pas forcément en bloc le principe du pot adaptable.
Mais que je trouve ridicule de dépenser autant d’argent juste pour faire plus de bruit.
Au fond, d’où vient cette image du motard qui doit être bruyant ?
Dans l’inconscient collectif, puissance = bruit. Plus un véhicule fait du bruit, plus on a l’impression qu’il va vite.
Comme en France, la plupart des gens associe le deux-roues avec la vitesse, il en résulte que pour beaucoup d’utilisateurs de 2RM, leur engin doit aller le plus vite possible et donc faire le plus de bruit possible. C’est valorisant pour eux.
Le bruit les fait remarquer. Même si c’est avec un regard de haine, on les regarde. Les gens se retournent sur leur passage. On les déteste, mais on les voit.
Pour un ado (ou un adulte encore très jeune dans sa tête) qui a besoin de s’affirmer, d’affermir son identité, de confirmer sa virilité, c’est le plus important.
Dans notre pays, on a une moto (ou un scooter) pour aller vite, faire du bruit et frimer.
C’est la tendance générale (pas une règle absolue, heureusement).
Comme tous les produits qui permettent de faire plus de bruit sont disponibles, pourquoi se gêner ?
Hypocrisie habituelle du législateur et des commerçants: tout est en vente libre, mais on n’a pas le droit de s’en servir… Les échappements non homologués, les kits moteur, les échappements libres : tout est censé être réservé à la compétition, utilisé seulement sur circuit, en dehors de la voie publique.
Et encore, de plus en plus de circuits imposent l’échappement d’origine ou tout au moins limité à 95 dB, la norme de la FFM.
Mais cela ne pose pas de problème aux marchands, ils continuent de vendre des pots “full barouf”, en sachant très bien que c’est pour faire du bruit aux terrasses des bistrots. A 500 ou 1.000 euros le pot, pourquoi tuer la poule aux oeufs d’or ?
Et de leur côté, les forces de l’ordre ne sanctionnent presque jamais l’excès de bruit. Déjà, presque personne ne porte plainte. Les gens se plaignent, râlent, pestent, ronchonnent, mais personne (ou presque) qu’il existe une loi anti-bruit et que les nuisances sonores sont illégales.
Ensuite, il faut constater le flagrant délit. Le temps que le quidam alerte la police et que celle-ci arrive, le scooter pétaradant est déjà loin…
Enfin, il faut constater soit le caractère non homologué du véhicule, soit le dépassement des normes sonores.
Problème, la plupart des flics n’y connaissent rien en mécanique ou en équipements moto/scooter. Comment voulez-vous qu’ils sachent reconnaitre un échappement non homologué ? Ce n’est pas marqué dessus…
Second problème, l’insuffisance d’équipement en sonomètres, le seul dispositif capable de mesurer de façon certaine les émissions sonores d’un véhicule, selon un protocole précis.
Il y en a dix pour toute l’Ile-de-France… Et en province, c’est bien s’il y en a un par département.
Le deux-roues pour un jeune Français, c’est la liberté.
Il ne voit que le côté plaisir, le frisson de la prise de risques, la possibilité d’autonomie de déplacement… Cela génère presque toujours un comportement de défi, voire de rébellion.
En plus, il y a très souvent un phénomène de groupe, d’entraînement : si on n’a pas un scooter débridé, une moto full power, on passe pour le nul du groupe, le boulet, voire le fayot.
La notion de sécurité est absente de la culture du deux-roues en France, comme dans la plupart des pays latins, à la différence des pays d’Europe du Nord.
Et le problème, c’est que ces comportements rejaillissent sur l’image du deux-roues et de la communauté motarde.
Parce qu’une minorité se comporte en rebelles inciviques, la société a une mauvaise image des motards (en résumé, tout ce qui porte – ou devrait porter – un casque).
Et donc les mauvais éléments sont attirés par cette image, choisissent le deux-roues pour exprimer leur révolte et contribuent encore à pourrir notre image. Cercle vicieux, engrenage sans fin…
Mais restons optimistes…
Déjà, il ne faut pas généraliser. Beaucoup de scooters et motos 50 cm3 sont trafiqués, mais pas tous. La majorité des motos sportives et roadsters ont un pot adaptable, parfois non homologué, mais pas toutes. Et la très large majorité des motos basiques, routières, de grand tourisme font peu de bruit.
Donc, pas d’amalgame !
Quant à la solution, elle n’est pas dans la répression, qui restera de toute façon lettre morte. Inutile de lancer une loi de plus qui ne sera pas respectée.
La seule solution est dans l’éducation, pour faire comprendre aux conducteurs de 2RM que le bruit n’est pas valorisant. Que ce n’est pas parce qu’ils font plus de bruit qu’ils vont plus vite.
De façon générale, il faut sortir de la culture ancienne et macho du deux-roues comme engin de rébellion et de liberté. La liberté, oui, mais celle qui s’arrête là où commence celle des autres.
Hélas, il faudra sans doute plusieurs générations, on part de très très très loin…