Le risque de vol fait partie de la vie quotidienne du motard. Quelques constats et conseils pour apprendre à le gérer, l’éviter, s’y préparer… et le réparer !
Un peu comme pour les accidents, on se dit toujours que cela n’arrive qu’aux autres. Jusqu’au jour où…
Personnellement, j’ai eu jusqu’à présent la chance de ne jamais retrouver vide l’emplacement où j’avais stationné une de mes motos. Je n’ose même pas imaginer ce qu’un motard passionné peut ressentir à ce moment-là, en constatant la disparition de l’objet de sa passion, la moto dans laquelle il a investi tant de temps et d’argent, mis tant d’énergie, pour laquelle il a dû travailler des mois, voire des années, afin de pouvoir la payer, l’entretenir, l’améliorer…
Penser qu’il existe des gens assez malhonnêtes, fourbes et sans scrupules pour venir ainsi dérober sciemment ce qui compte tellement à nos yeux, parfois sans réel besoin financier, mais juste pour le plaisir de s’approprier facilement et rapidement le bien d’autrui, sans grand effort et sans considération pour les efforts de leur victime… cela me rend malade !
Bref…
On se dit qu’on passera au travers.
Et puis une étude ICA Security, publiée en 2011 et présentée dans le numéro 1980 de “Moto Journal” du 1er décembre 2011, nous apprend qu’un deux-roues moteur est volé toutes les sept minutes en France. Soit huit machines par heure !
L’étude ICA Security sur “le vol de deux-roues motorisés et son impact sur la vie quotidienne des motards” a été menée en 2011 auprès de 5.496 personnes identifiées parmi 100.000 clients de son service de gravage, dont 82% de motards.
Pour les assureurs, les 2RM (motos et scooters de 125 cm3 et plus) représentent la moitié des sinistres déclarés aux assurances, alors qu’ils ne comptent que pour 10% du parc de véhicules : environ trois millions de deux-roues contre plus de 30 millions d’automobiles.
Et encore, ils estiment eux-mêmes qu’entre un quart et un tiers des vols ne sont pas déclarés.
Quelques chiffres encore ?
L’Office national de la délinquance et des réponses pénales révèle que, sur 12 mois glissants de 2010 à 2011, 69.655 deux-roues motorisés ont été volés en France, dont 23 % en Ile- de-France et 19 % en région PACA.
Les Bouches-du-Rhône se distinguent avec 4,4 vols pour 1.000 habitants, contre 2,6 à Paris.
Ne négligeons pas les accessoires, qui sont aussi prisés des délinquants, 121.080 ayant été déclarés volés durant cette année 2010-2011.
Au total, 504 plaintes sont déposées chaque jour pour le vol d’un deux-roues ou d’un accessoire.
Et encore ce nombre ne tient-il pas compte des vols de 50 cm3, un tarif prohibitif dissuadant leurs propriétaires de les assurer contre ce risque.
Encore des précisions ?
Selon Traqueur, une société spécialisée dans la géolocalisation d’automobiles et de motos, 95 % des vols se font par enlèvement, via un véhicule utilitaire.
Vous pensez que c’est dur à soulever ? Regardez cette vidéo d’une caméra de surveillance qui a enregistré un vol de moto à New York en 2008 :
Le bike-jacking ne représente que 5 % des vols de deux-roues.
Les clés codées, aussi appelées clés à transpondeur, ont certes compliqué la tâche des malfrats. Mais, dans 70 % des cas, le vol est motivé par un trafic de pièces détachées, plus que de véhicules entiers.
* * *
Les modèles plus volés sont tout simplement les plus prisés, les plus vendus : les motos sportives, les roadsters sportifs, les supermotards et les maxiscooters.
Les motos volées répondent à plusieurs critères précis, parmi lesquels la cote de popularité joue un rôle majeur. Dans le domaine très concurrentiel des sportives, le taux de motos volées peut être aussi important qu’éphémère. L’arrivée d’un nouveau modèle fait souvent plonger son devancier dans le bas du tableau des motos les plus prisées des voleurs.
Si le chiffre des motos les plus volées est à indexer sur celui des chiffres de vente du neuf, il est clair qu’un modèle populaire et “tendance” est plus exposé au vol qu’une moto vendue de façon plus confidentielle.
Pour donner une idée, selon la Mutuelle des Motards, les “Top 10″ des motos les plus volées en 2008 était :
1. Yamaha YZF 1000 R1
2. Yamaha YZF 600 R6
3. Triumph Street Triple
4. Kawasaki Z750 N
5. Suzuki GSX-R 750
6. Yamaha FZS 1000 Fazer
7. Yamaha 600 FZ6 N
8. Honda CBR 125 R
9. Kawasaki Z 1000
10. Suzuki GSX-R 600
Pour 2009, le classement est cette fois celui des deux-roues les plus volés, motos et scooters confondus :
1. Yamaha 500 T-Max
2. Suzuki 600 GSX-R
3. Suzuki 1000 GSX-R
4. Yamaha 600 R6
5. Suzuki 650 Burgman
6. Yamaha 1000 R1
7. Yamaha 125 Majesty
8. Suzuki 750 GSX-R
9. Honda 125 Panthéon
10. Suzuki 400 Burgman
Je n’ai pas retrouvé ce classement pour 2010, ni pour 2011.
Le grand vainqueur, toutes catégories confondues, est le Yamaha T-Max : très prisé à la fois des braqueurs et des spécialistes de la pièce détachée, il devance largement tous les autres modèles.
C’est logique : un voleur répond aux même réactions, aux mêmes exigences qu’un acheteur, sauf qu’il ne paie pas. La plupart des voleurs, que ce soit pour eux-mêmes ou sur commande ou encore pour des pièces détachées, vont “emprunter” les motos qui plaisent à tout le monde : Z750 et Z1000, Fazer, Bandit, Hornet, R6, GSXR…
Mais un voleur va aussi vouloir se faire plaisir ou satisfaire la commande d’un “client” (receleur) exigeant qui cherche un modèle d’exception.
Donc on vole aussi beaucoup les grosses sportives type R1, Gex 1000, ZX-12R, Hayabusa… et les supermotards. Tout ce qui pète, ce qui sort de l’ordinaire.
Il y a aussi une question d’opportunité. N’importe quelle moto garée dans un coin sombre sans antivol avec les clefs sur le contact tentera le voleur potentiel.
Mais la plupart des voleurs volent sur commande, avec préméditation. Ils ont repéré la cible à l’avance et mettent tout en oeuvre pour la voler le plus rapidement possible.
Si un voleur professionnel a décidé de dérober la prunelle de vos yeux, il y arrivera, même avec trois antivols dessus.
Pour réduire les risques de vol, en toute logique, il vaut mieux choisir une moto qui n’intéresse personne ou presque. Du moins qui ne plaît pas aux “jeunes” (disons de moins de 30 ans) peu fortunés, ni à la culture majoritaire.
Comme un trail routier ou une routière de base. Tout ce qui est gros et lourd, pas flashy, pas à la mode… Les BMW se volent très peu, par exemple.
Bien entendu, une moto un peu ancienne, sale et fortement kilométrée (il faut que ça se voit, avec un totalisateur à rouleaux) attirera bien moins les convoitises.
Mais il ne faut jamais jurer de rien. Un pote s’est fait voler sa R1100GS jaune pisseux alors qu’elle avait 160.000 km… Il venait de résilier la garantie vol, persuadé que personne n’irait lui tirer sa bouse. Pas de bol…
C’est tout le problème: les voleurs motards ont les mêmes goûts que les motards en général !
* * *
OK, vous êtes maintenant bien convaincu(e) de la nécessité de protéger votre bécane contre les vilains Rapetou ?
Alors, quelques conseils généraux.
1. Où attacher sa moto ?
Avant tout, toujours attacher la moto à un point fixe robuste.
Rien de plus facile pour deux voleurs que de soulever la bête, de poser la roue immobilisée sur une planche à roulette, et de l’embarquer dans une camionnette. Exit les bloque-disques, et toute situation où la bécane est simplement attachée à elle-même par un U ou une chaîne posé(e) à terre.
Même attachée à un point fixe sur un trottoir, préférer un endroit éloigné du bord de la rue, voire difficile d’accès, afin de rendre un minimum dissuasif le déplacement de la bécane jusqu’à la camionnette.
Certes, il est interdit par la réglementation d’attacher son véhicule à du mobilier urbain : barrière, lampadaire… Y compris aux arceaux des emplacements des parkings réservés aux 2RM, c’est ça le plus “drôle” ! Mais cela reste quand même le plus sûr.
Si vous possédez un modèle de moto particulièrement convoité, stationnez-le à l’abri des regards (garage souterrain, box), mais même là, attachez-le à un point fixe : poteau, pilier, anse scellée dans le béton.
Attacher la moto par le cadre de préférence car les roues sont trop facilement démontables. Si ce n’est pas possible, attacher la moto par la roue avant (voir plus loin) et le scooter par la roue arrière, car il faut à peine quelques secondes pour démonter la roue avant d’un scoot’.
Evitez les points d’attache trop facilement démontables, comme le silencieux d’échappement, les amortisseurs ou les roues, plus rapides à démonter qu’on ne le pense.
Préférer un antivol U à une chaîne.
Si le U n’est pas suffisamment long pour attacher la roue à un point fixe, en utiliser deux attachés l’un à l’autre, même si c’est un peu pénible…
Passer le U autour des deux tubes de fourche et au-dessus des étriers de freins (à l’avant) ou du bras oscillant (à l’arrière) en prenant également un rayon ou un bâton de jante.
En bref, l’antivol devra entraver la rotation d’une roue tout en empêchant le démontage de celle-ci.
Si vous avez opté pour une chaîne, ne pas la laisser traîner à terre.
Il est facile pour le voleur de prendre appui sur le sol pour sectionner un maillon ou fracturer le cadenas à la masse. C’est bien plus dur pour cet enfoiré si l’antivol ne touche pas terre.
N’oubliez pas non plus le blocage de direction, même si son efficacité est insuffisante : c’est toujours un obstacle supplémentaire pour le voleur.
Ne jamais trimbaler l’antivol dans un sac à dos !
En cas de chute, entre le U et la colonne vertébrale, ce ne sont pas vos vertèbres qui vont gagner.
Utiliser une sacoche de réservoir ou un top-case ou un “porte-U” ou le porte-paquets ou une platine sous le top-case…
2. Où se garer ?
S’ils existent, utiliser les parkings pour deux-roues, de plus en plus répandus dans les grandes villes.
Dans tous les cas, veiller à ne pas gêner des piétons qui risqueraient de se blesser en heurtant le deux-roues ou de se brûler sur l’échappement, ni le passage pour les poussettes, les personnes âgées ou handicapées, ou l’accès des pompiers.
Si possible, repérer les points fixes potentiels (mobilier urbain, arbres, poteaux) pour y attacher votre moto, de préférence à proximité des parkings deux-roues.
Si c’est en journée, préférer un endroit passant et un emplacement bien visible.
Si c’est de nuit, cherchez un emplacement bien en vue et éclairé.
Éviter tout endroit qui risque de cacher votre moto.
Les endroits déserts ou les lieux faiblement éclairés la nuit sont également à proscrire.
De manière générale, éviter tous les lieux où la présence d’un individu affairé sur votre moto peut passer inaperçue du public. Cela ne changera pas grand-chose car la plupart des gens ne réagiront pas. Mais avec de la chance, quelqu’un aura peut-être l’idée d’appeler la police…
Si votre moto dort dehors, éviter de se garer toujours au même endroit afin de réduire le risque de repérage.
Si vous bénéficiez d’un garage ou d’un parking, c’est à double tranchant.
Dans un parking en pleine nuit, un voleur professionnel ne se laissera pas arrêter par le fait que la bécane est attaché à un point fixe et/ou devant une voiture : il casse la vitre de la bagnole, il enlève le frein à main, il pousse la voiture et il découpe le U à la scie électrique, bien tranquille…
D’un autre côté, le parking évite de laisser la bécane subir les intempéries et les regards malveillants. La ranger autant que possible dans un parking en sous-sol, avec une porte principale réellement fermée quelle que soit l’heure, de préférence dans un box individuel avec une porte blindée.
Sinon, parking extérieur mais surveillé 24h/24.
Un détail : vérifier qu’aucune prise électrique n’est disponible en temps normal dans le parking. Sinon, c’est vraiment trop facile de brancher une perceuse ou une scie électrique…
3. Où faire attention ?
Le soir, rester sur les grands axes de circulation.
Au feu rouge, dans les coins qui “craignent”, rester en première enclenchée, voire à la limite du point de patinage, de jour comme de nuit.
Aux feux et aux stops, ne jamais s’enfermer entre deux voitures pour éviter d’être pris en sandwich (rien qu’avec une portière).
Toujours penser à se positionner sur la chaussée pour se dégager rapidement au cas où. Garder une distance d’au moins trois mètres avec la voiture devant soi pour pouvoir la contourner.
Pour ce qui est des système anti-agression (“bike-jacking”) permettant d’éteindre le moteur à distance (soit par télécommande, soit par éloignement entre la moto et une carte qu’on garde sur soi), les avis sont mitigés : une fois la bécane bloquée, qui a envie d’affronter un braqueur peut-être armé, surtout le soir, dans un coin peu fréquenté ?
Attention : en cas d’accident causé par un dispositif antivol non homologué (coupure moteur ou autre), le voleur peut se retourner contre vous… Les dispositifs anti bike jacking sont donc souvent passifs et rendent la moto inutilisable “a posteriori”. Un dispositif de géo-localisation est peut-être préférable.
En France, il faut laisser faire, et courir ensuite après sa moto…
Attacher la clé de contact au guidon avec un mousqueton pour éviter son vol au feu rouge. Ou garder un double sur soi.
Ne pas garder la clé de contact attachée à celle de l’antivol. En cas d’oubli sur la bécane, vous perdez tout. Cela m’est arrivé une fois, j’ai eu du bol de tomber sur quelqu’un d’honnête qui m’a ramené le trousseau…
4. Comment choisir son antivol ?
Personnellement, je préfère les antivols U aux chaînes, trop lourdes. Mais chacun son choix !
Bannissez le bloque-disque : il ne résiste pas plus de quelques secondes dans les mains d’un expert.
Dans tous les cas, un antivol se choisit en fonction de la moto, surtout un U.
Il faut l’essayer sur votre moto. Il faut qu’il soit assez long et large pour passer à travers la fourche et la jante, et venir ensuite s’accrocher à un point fixe ou à un autre antivol, tout en laissant un peu de jeu pour compliquer la tâche aux voleurs.
Une étiquette “certifié NF, recommandé FFMC” garantit une résistance de dix minutes minimum en situation réelle, testée par la commission Stop Vol de la FFMC, partenaire de l’AFNOR depuis 2000.
Mais avant de faire le choix de votre antivol, consultez la liste des dispositifs reconnus et homologués par votre assurance.
Votre assurance doit vous fournir une liste ou cette dernière doit être spécifiée dans votre contrat d’assurance moto. La mention “SRA” ou “Stop Vol FFMC” ne suffit pas forcément…
En cas de vol, il sera plus facile de vous faire rembourser par l’assureur si vous êtes équipé d’un antivol agréé. C’est une condition souvent obligatoire pour faire valoir l’assurance contre le vol.
Dans ce domaine aussi, les prix pratiqués en neuf sont souvent délirants… Pour ma part, j’achète mes antivols d’occasion. En plus, c’est bien plus facile pour les essayer directement sur la moto, plutôt qu’avec un magasin qui refusera de déballer un U juste pour faire l’essai sans garantie de le vendre. Evidemment, je paie en espèces et ne donne pas mon nom ni mon adresse aux vendeurs d’antivols d’occase.
Le tatouage ou gravage des pièces de la moto est également souvent obligatoire.
Il a pour but d’en marquer les principaux éléments et d’empêcher leur revente en pièces détachées.
N’oubliez pas que, si vous achetez d’occasion une moto gravée, il faudra mettre à jour le fichier d’association entre le numéro et le propriétaire. Cette opération est payante (une trentaine d’euros).
5. Alarme ou pas ?
Les alarmes ne sont efficaces que contre les gamins qui auraient envie de monter sur la bécane. Les pros s’en occupent en quelques secondes ou étouffent le bruit de la sirène avec de la mousse expansive.
Certaines alarmes sont capricieuses. Surtout celles avec un coupe-circuit et des détecteurs dans tous les sens.
Quelques précautions d’usage sont à connaître. Le manuel d’utilisation sera bien utile en cas de coupure intempestive. Il existe des manipulations spécifiques pour reprendre le contrôle que l’on trouve seulement dans le manuel, ou avec l’assistance téléphonique en ligne. Il faut ensuite savoir jouer du clignotant, du contacteur et parfois même de l’appel de phare…
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En conclusion…
Aucun dispositif ne saurait à lui seul garantir 100 % d’efficacité.
Par contre, en associant plusieurs d’entre eux (mécanique, électronique, gravage), on peut quand même dormir sur ses deux oreilles.
Enfin, il y a le repérage par satellite. Ces systèmes permettent de localiser un 2-roues volé, fut-il caché en sous-sol. Seul bémol : les informations, transmises aux forces de l’ordre, supposent que ces dernières soient suffisamment disponibles pour se consacrer à la recherche de votre moto volée. Si tel est le cas, elles ont alors de grandes chances de la retrouver.
La société ICA propose par exemple une offre combinant trois moyens de défense.
Elle comprend, outre un gravage de 11 pièces maîtresses de la machine, l’implantation d’une puce électronique RFID permettant une identification à courte distance, via un lecteur portable, d’un véhicule déclaré volé.
Elle intègre aussi une gamme d’antivols mécaniques : chaîne, «U» et bloque-disque avec alarme, certifiés NF, homologués SRA et recommandés FFMC.
Elle comprend enfin un système autonome de détection, surveillance et récupération du deux-roues, le Traqueur Rider. Ce système a déjà démontré son efficacité en procurant 80 % de chances de retrouver son véhicule pour les vols déclarés dans les 24 heures. Son coût élevé, 500 € à l’installation et 125 € par an ensuite, la réserve cependant aux machines haut de gamme.
Rien ne vous empêche de vous inspirer de cette combinaison, même avec des composants d’une autre marque.